La France ou l’art de faire la révolution : le Front Populaire
baptiste p 30 mai 2016

Temps de lecture : 4 minutes

Le Front populaire fut une coalition de partis de gauche qui gouverna la France deux ans durant, de 1936 à 1938. Les partis présents dans cette coalition étaient essentiellement socialistes et communistes. Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas dans le calme des isoloirs et par la pureté démocratique que cette révolution ouvrière fut rendue possible, mais plutôt dans le tumulte des manifestations, par des grèves et des occupations d’usines.


 

—UNE CLASSE OUVRIÈRE DIVISÉE

Début du XXe, après un demi-siècle de révolution industrielle, le monde ouvrier a fortement muté. En effet, la population ouvrière est passée de 6,5 en 1914 à 7,2 millions en 1932. En raison de son vécu commun, cette classe laborieuse s’est soudée autour de valeurs communes telles que la solidarité et la camaraderie. Alors que leur productivité n’avait cessé de croître, ceux-ci attendaient une amélioration de leur condition de vie.

Elle ne viendra pas. De plus, la crise de 1929 fera des dégâts : les moins chanceux se retrouvent au chômage (sans indemnité) et les autres voient leurs salaires baissés selon le bon vouloir de l’employeur. Le salaire minimum garanti n’existe pas. La droite au pouvoir depuis toujours, ou presque, n’entend pas les slogans des manifestants d’alors : « Du travail et du pain ». Pire, ceux-ci, ne réclamant qu’un peu de dignité, seront réprimés.

A l’époque, les ouvriers n’ont qu’un droit, celui de se taire. Ils représentent alors un tiers de la population active, mais ne sont presque pas considérés. Sur cette misère, deux espoirs grandissent : le socialisme et le communisme. Le premier est mené par Leon Blum et aspire à un changement par l’élection. Le deuxième, mené par Maurice Thorez, rejette la république parlementaire et souhaite un changement par la révolution. Ces deux entités politiques, pourtant si proches dans les idées, se détestent et se voient l’un et l’autre comme des concurrents. Pour le PCF, il n’y a de vraie révolution que communiste et à leurs yeux, les socialistes sont des traîtres qui cautionnent le capitalisme.

 

—LE RÉVEIL DES GAUCHES FACE AU FASCISME

C’est en réaction à la journée d’émeutes menée le 6 février 1934 par des groupes d’extrême droite que les partis de gauche décident de s’unir contre « le danger fasciste » et les tentatives de l’extrême droite pour établir en France un régime dictatorial équivalent à l’Italie fasciste ou à l’Allemagne Nazie. En effet, alors que les guerres de clocher font rage entre partis de gauche (les uns et les autres s’accusant mutuellement de vouloir se voler des militants), le 6 février marquera le début d’une dynamique trans-partisane. Au lendemain de cette journée, plusieurs comités antifascistes se forment, comprenant des socialistes, des radicaux et des représentants de divers groupes de gauche, mais jamais de communistes. Les clivages idéologiques persistent.

Le 12 février, la SFIO (les socialistes d’alors) manifeste pour relayer l’appel des principaux syndicats à la grève générale. Le PCF décide de se joindre à la manifestation dans l’espoir d’attirer à lui toujours plus de militants. Dans ce but, ils placent des orateurs tout le long du cortège. Ils obtiendront l’effet inverse : les militants communistes se joignent au cortège socialiste, abandonnant les orateurs communistes à leurs estrades. Aux cris de « Unité ! Unité ! », les militants des deux partis ne firent qu’un.

Ce sont donc les militants ordinaires, contre la volonté des chefs de partis, qui feront du 12 février 1934 une manifestation unitaire. L’idée d’un front populaire fait son chemin.

 

—EFFERVESCENCE ÉLECTORALE ET GRÉVE GÉNÉRALE

Leon Blum et Maurice Thorez, le poing levé au soir de la victoire du Front Populaire.
Léon Blum et Maurice Thorez, le poing levé au soir de la victoire du Front Populaire.

Les élections législatives auront lieu le 3 mai 1936 et c’est une victoire sans conteste du front populaire. L’unité a payé ! Mais l’élément qu’il faut retenir, et qui n’est pas sans rappeler l’actualité, ce sont les grèves et occupations d’usines qui s’opèrent dès les premières semaines qui suivent la victoire électorale. On compte alors 2 millions de grévistes et 9 000 entreprises occupées dans toute la France. Les ouvriers ne faisant plus qu’un, s’organisent loin des syndicats et des partis politiques. Ils sont désormais sûrs de leur force.

Léon Blum forme alors son gouvernement. Le PCF et la CGT refusent d’y participer, afin de « ne pas effrayer les bourgeois » affirme Maurice Thorez. Radicaux et socialistes se partageront les postes. Grandes innovations : trois femmes seront nommées ministres et un ministère des loisirs voit le jour.

Alors que les grèves sont toujours en cours, le 7 juin, acculé, le patronat accepte d’entamer des négociations avec les ouvriers. Léon Blum sera l’arbitre de ces négociations. Dans la nuit, les Accords Matignon sont signés, les ouvriers ont terrassé le patronat : 12% d’augmentation de salaire, semaine de 40 heures, 15 jours de congés payés, le droit syndical reconnu. C’est un triomphe pour les ouvriers, ce sont eux qui ont obtenu tous ces acquis, le gouvernement se contentant de tempérer les ardeurs prolétariennes. Malgré tout, une partie des grévistes qui ne comptaient pas s’arrêter en si bon chemin seront remis au travail par la force. Il y aura des centaines d’arrestations durant tout le mois de juin. Le mouvement s’éteint, petit à petit. Le travail reprend.

Merci, grâce à vous j’ai vu la mer avant de mourir.

Un vieil ouvrier qui part pour la première fois en vacances.


La période du Front populaire présente énormément de similitudes avec celle que nous vivons aujourd’hui : crise politique, crise économique, menace fasciste.  Étudier et comprendre cette période nous serait à tous bien utile pour appréhender les enjeux que présentent la situation actuelle. Prochaine partie de ce dossier : mai 1968.

 

baptiste p

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