Comment ne pas perdre le fil de l’actualité ?
fanny 17 mai 2016

Temps de lecture : 6 minutes

Je vous le dis : je suis atteinte d’une incurable Fear of Missing Out. Maladie du siècle, la FOMO ou la peur de manquer quelque chose me fait tourner la tête. Il suffit de deux jours sans connexion et me voilà perdue dans la jungle des médias. Toi aussi tu te demandes qu’est-ce que « bien s’informer » aujourd’hui ?


 

J’essaie tant bien que mal de me tenir informée de ce qu’il se passe dans le monde. J’essaie de suivre les dernières déclarations de M. Valls, la nouvelle bataille de Google et le dernier album de Anhoni (très bon au passage). Et quand je discute avec ma petite sœur, elle se fout de moi parce que je ne connais pas Jeremstar « Quoi tu connais pas Jeremstar ?? » Ben non sistah’, un peu vexée je réponds que, désolée, je ne CONNAIS PAS Jeremstar. Au moins elle m’est utile sur ce coup-là et elle me renseigne (<3). Parce qu’il est là aussi le problème : le sentiment que dès que tu n’as pas une information qui semble être capitale aux yeux de la société, tu passes pour un gros hasbeen. Alors j’ai décidé de faire un premier pas dans ma guérison de ma FOMO et je me dis que maintenant, j’assumerai à fond le fait de ne pas connaitre le dernier chanteur célèbre qui est mort, ou le dernier youtubeur en vogue. Mer** alors, peut-être que c’est ça aussi la clé, faire tomber la pression, la course à « qui aura la première information exclusive» entre nous. Et là, on pense à nos amis qui ne regardent pas Game of Thrones et on comprend leur solitude. Mais on se foutera toujours un peu de vous hein ;).

 

Sur ce coup là on est d’accord Jon Snow, petit tour des difficultés rencontrées autour du « bien s’informer » et propositions de réponses.

 

—PROBLÈME D’ARGENT, UNE INFORMATION BIAISÉE
Étant donné que la presse a recours à des financements privés pour maintenir sa santé financière, on sait qu’elle est aux mains des pouvoirs économiques. Avec ses grands patrons de presse, tranquillement, la France perd des places  et arrive 45e au classement RSF de la liberté de la presse. Ceci car ses intérêts se mêlent trop aux copinages des intérêts économiques. Et comme le monde est petit, économie et politique se côtoient, alors autant nous servir sur un plateau d’argent  une salade qui nourrit les deux intérêts. Mais on est d’accord que la salade, ça ne nourrit pas beaucoup. Complexe quand la presse se proclame justement contre-pouvoir politique. Et ça les jeunes en ont conscience, il y a trois ans, le magazine Phosphore publiait un sondage : 79 % des 15-25 ans y affirmaient que « ce que disent les grands médias est incomplet, orienté ou accentué ». Mais bon, comme j’aime quand même beaucoup la presse et qu’on ne va pas trop cracher dans la soupe, on peut juste jeter un œil ailleurs. Par exemple, on peut consulter le portail de Basta! qui recense les articles de médias indépendants tels que l’Observatoire des Multinationales, Politis, Reporterre, Regards, StreetPress et bien d’autres qui enrichissent nos points de vues sur l’actualité.

Illustration de Catherine Meurisse pour Télérama

 

—PROBLÈME D’ÉCHELLE, LE CHOIX DE CLIQUER
En vertu de la fameuse Loi de la Proximité et conjugué avec des choix de lignes éditoriales, l’attention des médias a tendance à se focaliser sur les évènements les plus proches. En attestent les cartes « Voici comment les médias voient le monde » de Yann Gégan sur le blog dans mon labo, voir ci-dessous.
Phénomène que les lecteurs ont pu constater suite à la couverture médiatique des attentas de Lahore (Pakistan) le 28 mars 2016. En effet, suite aux évènements, les lecteurs se sont indignés du manque de couverture médiatique des attentats de Lahore comparé à ceux de Bruxelles le 22 mars. Ce à quoi Martin Belam, responsable des réseaux sociaux et des nouveaux formats au Guardian, répond :

«Vous allez voir des gens se plaindre que les médias accordent moins d’importance aux atrocités commises en dehors de l’Europe occidentale qu’à celles qui se produisent dans des villes comme Paris ou Bruxelles. Les données montrent qu’il est bien, bien plus compliqué d’obtenir que les gens lisent ces articles. […] Il est indéniablement vrai que la couverture est moins importante, mais il est aussi vrai, et regrettable, qu’il semble y avoir encore moins d’audience pour.»

On retrouve bien là le dilemme des médias entre qualité et quantité sous l’emprise des statistiques, mais business is business, c’est un autre débat. Cette autocritique tant de la part des médias que des lecteurs nous amène à reconsidérer  le sens de la communication, n’oublions pas qu’il s’agit avant tout d’informations centrées sur (par et pour) le genre humain !

On peut aussi questionner les plateformes sur lesquelles on s’informe. Largement remise en cause par rapport au djihadisme, la spirale alorythmique qui fait que l’on se retrouve avec le même genre de contenu dans nos fils d’actualité, peut se généraliser à tous nos contenus. Et d’après les prévisions de Zuckerberg avec Instant Articles, on n’est pas prêt d’en sortir, au contraire. Pourra-t-on parler plus tard de liberté de s’informer ? Ne sommes-nous pas en train de remettre nos pratiques informationnelles aux mains de Facebook ?

 

« Voici comment les médias français voient le monde » par Yann Guégan sur son blog dans mon labo, à l’appui l’exemple du Monde.fr, plus de journaux disponibles sur le blog.

 

—PROBLÈME DE TEMPS, LE CHOIX DE L’ATTENTION
Comment faire le tri quand on n’a pas beaucoup de temps ? Pour ma part j’ai éliminé les JT auxquels je privilégie la radio, je dis que je vais plus acheter la presse papier mais au final je ne m’y tiens pas. Comme 39% des jeunes je m’informe essentiellement sur internet, selon un sondage Américain. L’information gratuite c’est quand même le luxe de notre génération, au grand dam des journaux. Toujours est-il que l’information à beau être gratuite elle n’en est pas moins triée, et techniquement ou mentalement, c’est impossible de tout ingurgiter.
J’ai mes listes sur Twitter, j’ai testé les « infos du jour » proposées par les médias en ligne, Google newsLa Matinale du Monde, les newsletters proposées par la presse online. Je n’étais jamais satisfaite, soit la hiérarchisation de l’information ne me convenait pas, soit c’est trop chronophage ou galère si tu n’as pas internet en continu. Des années de frustration informationnelle quoi.

Et les copains d’ALCHIMY m’ont parlé de Brief.me, une newsletter qui condense l’actualité nationale et internationale la plus pertinente, tous les jours dans ta boite mail. Après une période d’essai d’un mois, l’offre devient payante (3,90€ ou 5,90€ par mois selon la formule). Mais honnêtement, une sélection de l’actualité tous les jours, ça doit représenter un travail de curation énorme que je suis prête à rémunérer. (Je précise que ce n’est pas un article sponsorisé par Brief.me, 3 mois que j’adhère je les aime vraiment bien !) En 10 minutes, l’actu est condensée, triée, analysée avec des liens vers les articles de références émanant de (presque) tous les bords de presse pour pouvoir aller plus loin. Tout en restant critique, c’est un moyen de consommer l’information autrement :

 

 

L’actu triée rapidement de sorte à se dégager du temps pour pouvoir lire plus d’articles de fond, ou mettre du temps à profit pour débattre avec les copains, peindre, courir, reprendre le scoubidou ou fabriquer des pisses debout. Avec ou sans Jeremstar mais guérie de ma FOMO, j’ai enfin un œil sur le monde pour m’activer à le bouger.

 


Comment bien s’informer aujourd’hui ? C’est sûrement à chacun de se faire sa propre définition du « bien s’informer » en appréciant ses convictions, son échelle, ses intérêts et le temps que l’on veut y consacrer. Déjà se poser la question et échanger nos astuces peut-être un bon début. Alors on fait du tri dans nos abonnements, on change nos habitudes, on découvre de nouvelles applications ? Comment est-ce que vous vous informez ?

fanny

6 Comments

  1. J’essaie brief.me depuis quelques jours et je dois dire que j’aime vraiment bien. Etant moi aussi un féru d’actu et n’ayant pas le temps de tout lire.
    Est-ce que cela va diminuer mon nombre de flux RSS, on verra bien. Mais en tous cas, les premiers mails reçus de brief.me sont très bien.

    1. Bonjour Vincent, merci de votre retour. Effectivement, je l’envisage plutôt aussi comme un « garde-fou » quand je n’ai pas le temps, c’est une économie de temps et d’énergie considérable. Mais qui mérite d’être complétée par d’autres sources.
      A ce propos, la gestion de vos flux RSS m’intéresse, dans quel objectif les utilisez-vous : pour vous renseigner sur l’actu en général ou pour des sujets spécifiques ?

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