Faut-il réinventer la citoyenneté ?
ALCHIMY 8 février 2016

Temps de lecture : 5 minutes

La démocratie représentative semble vivre une crise sans précédent. C’est pourtant le fondement même de notre régime politique. A l’image de Ciudadanos et Podemos en Espagne, en France de nombreux mouvements citoyens semblent apporter des réponses à cette crise politique. Qu’en est-il vraiment ?


Afin de traiter la question de manière rigoureuse, je commence cet article par la définition donnée par le Larousse d’un citoyen : Personne jouissant, dans l’État dont il relève, des droits civils et politiques, et notamment du droit de vote.

Le droit de vote est donc un mode d’exercice de cette citoyenneté. En effet, notre système politique est dit « représentatif ». C’est-à-dire que nous confions, par l’intermédiaire du vote, notre pouvoir politique à un représentant. Celui qui semble incarner nos intérêts, nos valeurs ou nos combats. Cependant, ce système qui perdure (avec certes des coupures) depuis plus de 200 ans semble marquer le coup.
En effet, la montée de l’abstentionnisme semble sonner comme un rejet de ce système par les citoyens eux-mêmes. Dans cet article, Le Monde Diplomatique nous explique que le suffrage universel est entré dans son troisième âge, et subit aujourd’hui bon nombre de critique. Alors quel avenir pour la citoyenneté ?

 

— LE CONSTAT D’IMPUISSANCE DES CITOYENS
En France, il n’existe aucun moyen de pression des citoyens contre ceux qui les gouvernent. Ce que l’on appelle un contre-pouvoir. Une arme du peuple qui leur permettrait de se faire entendre par ses dirigeants. De plus, par la simple logique de partis, le législatif est devenu un outil, au lieu d’être un contre-pouvoir, de l’exécutif. On se retrouve donc avec un exécutif tout puissant qui ne rend de compte à personne. Entre deux élections, le citoyen n’a aucun pouvoir et aux élections, l’électeur n’a que quelques choix. Le citoyen ne se cantonne qu’à un rôle d’électeur, et bien souvent vote contre quelqu’un plutôt que pour quelqu’un.

 

— LA CAUSE DES CAUSES
Face à un problème, si l’on s’en prend aux conséquences, nous ne réglons rien. En pratiquant cet adage, Etienne Chouard, professeur d’économie et de droit, se fait connaitre en 2005 en militant pour le « non » au référendum sur la Constitution Européenne. Il est depuis principalement connu comme blogueur militant qui se définit comme proche de la pensée anarchiste qui pour lui est une pensée qui souffre, à tort, d’une très mauvaise image.

Il décrit les anarchistes comme de vrais démocrates, pacifiques, altruistes. Pour lui, c’est un courant de pensée qui imagine une société très organisée et sans abus de pouvoir. Lors de ses vidéos il incite ses auditeurs à lire des livres tels que La Morale anarchiste de Kropotkin, ou encore, Propos sur les pouvoirs de Alain. Il est convaincu que l’impuissance des peuples est écrite dans la Constitution.

 

Le secret de l’action c’est de commencer.

Alain

 

Sur le site Vie Publique, la Constitution est définie ainsi : La Constitution est un ensemble de textes juridiques qui définit les différentes institutions composant l’État et qui organise leurs relations. Une Constitution écrite est généralement organisée en plusieurs parties appelées titres, eux-mêmes divisés en articles et alinéas. Elle peut comporter également une charte des droits fondamentaux. Quelle que soit sa présentation et son contenu, la Constitution est considérée comme la règle la plus élevée de l’ordre juridique de chaque pays.

 

clause

 

La Constitution représente donc les règles du pouvoir. Et pour Etienne Chouard, ce n’est pas aux Hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir et donc d’être les auteurs constituants. Ce militant de la démocratie nous dit donc que la cause des causes (de notre impuissance contre les injustices sociales) est écrite dans la Constitution et de ce fait, le peuple devrait l’écrire. Sa pensée est synthétisée sur LeMessage.org. Il s’explique aussi dans ce court passage issu d’un entretien avec Colibris :

 

 

Quand on écrit la constitution, on devient un citoyen autonome.

Etienne Chouard

 

— NAISSANCE DES MOUVEMENTS CITOYENS
De cette base de travail, on constate l’émergence d’un mouvement « citoyen » appelé Gentils Virus. Des personnes issues de la société civile qui s’entraînent à écrire une Constitution lors d’ateliers constituants. Le résultat de leur travail est disponible ici. Ces mêmes personnes militent pour l’instauration d’un référendum d’initiative populaire. De là, est né un site « d’information citoyenne constructive » (On passe à l’acte!sur lequel ils promeuvent ces citoyens, comme Etienne Chouard, qui imaginent la société de demain. Il existe aussi  le Mouvement pour la 6eme République (M6R) qui souhaite changer de Constitution par l’avènement d’une 6ème République. Enfin, plus modérés, Laprimaire, Ma-Voix, La Transition, ou encore Nous Citoyens. Ces derniers souhaitent apporter un changement en passant par les élections. N’oublions pas, bien-sûr, Nouvelle Donne, qui fait de plus en plus parler, à l’image de l’économiste Pierre Larrouturou, co-président du mouvement.

Tous nés d’une volonté de la part des électeurs, d’obtenir plus de droits politiques et de ne plus être considérés comme des masses à convaincre, ces mouvements aspirent à plus de démocratie par la déprofessionnalisation de la politique. L’objectif étant de redonner, de rapprocher les citoyens du pouvoir.

 

 

Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir.

Jean-Jacques Rousseau
Du contrat social (1762)


Au premier abord, être un citoyen constituant peut paraître insurmontable lorsque l’on ne s’est pas encore attelé au problème. Pour que le peuple redevienne le maître, il faut qu’il transforme sa force en droit par l’intermédiaire de la Constitution. Aussi, je vous incite à regarder le débat entre Etienne Chouard et Florence Gauthier qui défend le suffrage universel en opposition au tirage au sort.

L’idée n’est pas de se dire que nous devons forcément renverser la table et tout casser mais il parait essentiel que nous devrions devenir des citoyens adultes qui s’emparent enfin des sujets fondamentaux. 
Sommes-nous réellement prêts à ça ?

Rédigé par Baptiste Poisson

 

Article réalisé grâce à la plateforme LE CLUB d’ALCHIMY.

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