#19 – L’interview du vendredi : Entretien avec JJ Toux sur son métier, co-programmateur des Vieilles Charrues
Guillaume Le Coq 12 juin 2015

Temps de lecture : 4 minutes

Souvent admiré et tant convoité, le métier programmateur d’événements cache en réalité pas mal de responsabilités et d’engagements. Nous avons voulu en savoir un peu plus sur ce métier en contactant JJ Toux, le co-programmateur de l’un des plus grands festivals européens : Les Vieilles Charrues.


ALCHIMY : En quoi consiste votre travail ?
Jean Jacques Toux Vieilles CharruesJJT : Avec Jeanne Rucet, nous sommes responsables de monter le plateau artistique des Vieilles Charrues. Chaque année, l’association Vieilles Charrues nous donne un budget, et à nous de ramener les meilleurs artistes qui correspondent à la philosophie du festival. Mais pour les trouver, nous nous déplaçons aux quatre coins du monde pour voir et/ou découvrir un maximum d’artistes afin de les sélectionner. En mars par exemple, nous avons atterri au South By Southwest à Austin.

 

A : Mais du coup, la sélection dépend de vos ressentis ?
JJT : En effet, établir la programmation est hyper subjectif car nos émotions rentrent en jeu.

 

A : Comment faitesvous pour contacter les artistes ?
JJT : Chaque artiste a un tourneur qui est en charge d’organiser les tournées. Bien évidemment, un tourneur détient plusieurs artistes. Chaque mois de septembre nous en rencontrons une dizaine puis on discute des dates de tournée et des artistes qui nous plaisent. Par exemple, le tourneur de Muse nous a informés en septembre dernier que son groupe se produira cet été en Europe. Dès que nous l’avons su, nous sommes entrés en négociation financière et cela s’est conclu par un oui !

 

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ALCHIMY : Qu’est-ce « une programmation Charrues » ?
JJT : C’est une programmation populaire. Chaque journée s’articule de la manière suivante :
tête affiche internationale + tête affiche française + artiste confirmé + découverte.
Aux Vieilles Charrues, les goûts musicaux se mélangent tout en évitant de programmer deux artistes du même genre musical en même temps. Il faut qu’à chaque moment, le festivalier puisse profiter d’un genre qui lui convient.

 

ALCHIMY : Avez-vous pris des risques dans cette programmation ?
JJT : Chaque année est un challenge à relever, nous sommes très attendus. Les Vieilles Charrues est un festival peu ou pas subventionné. On a une politique avec les partenaires privés. Nos recettes viennent surtout de la billetterie, puis vient la restauration, le bar et le merchandising. Il nous faut beaucoup de monde : 175 000 festivaliers minimum pour entrer dans les clous.

 

ALCHIMY : Lédition 2015 surf beaucoup sur la vague de l’électro (20 artistes de prévus, contre 14 artistes rock). Privilégiez-vous les tendances pour capter plus de public ? Au risque de perdre votre identité.
JJT : C’est vrai que la programmation 2015 promeut davantage la musique électro, mais l’année dernière le rock dominait. Nous programmons en fonction de la disponibilité des artistes. Leurs tournées dictent les tendances. On ne se dit pas « cette année on mise sur l’électro ». De plus, il faut savoir que nous sommes en concurrence avec de plus gros festivals comme Rock in Roma, le Dour Festival et j’en passe.

 

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La line-up électro des Vieilles Charrues.

 

ALCHIMY : Des coups de cœur cette année ?
JJT : J’ai hâte que le public découvre sur la scène Xavier Grall le groupe rock Puts Marie (dimanche) et les deux groupes du Label Charrues dont je m’occupe : Fragments (vendredi) et Krismenn & Alem (dimanche).

 

ALCHIMY : Est-ce qu’il y a des artistes qui ont décliné votre invitation ?
JJT : Il y a beaucoup de concurrents durant la troisième semaine de juillet comme j’ai pu le citer précédemment et qui ont davantage de moyens. Des fois, leurs offres peuvent tripler les nôtres et le tourneur les privilégies. C’est la loi du marché.

 

ALCHIMY : Cette année la line-up du festival Glastonbury dérange un peu. Patti Smith, The Who, Motöhead et Lionel Richie sont annoncés, mais c’est l’arrivée de Kanye West qui déplaît. Une pétition a été lancée il y a quelques mois par une personne qui n’a pourtant jamais mis les pieds au Glastonbury. Motif : Glastonbury est connu comme un festival de rock et Kanye West, en tant que rappeur, n’y aurait pas sa place. 130 000 signatures ont été comptabilisées. Des menaces de mort à l’encontre du personnel du festival ont été révélées. Qu’en pensez-vous en tant que programmateur ? Ça pourrait vous arriver !
JJT : C’est tout simplement ridicule. Si on n’aime pas le PSG, on ne va pas voir les matchs au Parc des Princes. En festival, c’est pareil. C’est dommage, car j’ai déjà vu Kanye West en concert et il est juste grandiose. Mais bon, c’est de bonne guerre cette histoire… Enfin, je l’espère.

 

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ALCHIMY : Il faut bien terminer cet entretien avec « the classic-question » : à quand les Stones et AC/DC  ?
JJT : (rires) Eh bien il faut savoir que se sont deux grosses écuries qui ne font pas trop de festivals hormis Coachella et La Mecque des festivals : GlastonburyMais on ne désespère pas de les avoir. Ça n’a pas encore fonctionné, mais nous sommes toujours en négociation.
Bruce Springsteen se produisait très rarement en festival. C’est en 2009 qu’il a décidé de casser ses codes. Maintenant, on le retrouve de plus en plus et on a eu la chance de l’avoir. Si Bruce a changé d’avis, alors pourquoi pas AC/DC, The Rolling Stones et peut-être Daft Punk !

 

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The Rolling Sones sur la scène Pyramid à Glastonbury en 2013 ©Getty

 

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Guillaume Le Coq

Agriculteur exploitant et éleveur de poulet à la SCEP depuis 1964.

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