Eglantine Morin, des maisons de luxe à la mode éthique
Cléo 20 juin 2016

Temps de lecture : 4 minutes

 Manger bio et sans gluten, c’est tendance sur Instagram. Ce serait encore mieux si on lisait aussi les étiquettes de nos vêtements. Quitte à laisser de côté ce top Zadig & Voltaire au profit d’une robe éthique tout aussi stylée. Quant à la fast fashion de Primark à Zara, elle reste tentante avec ses tarifs à deux chiffres, mais à quel prix sociétal ? Quel est le prix à payer derrière le perfecto en polyester pour les petites mains du bout du monde et notre planète en souffrance ?


 

Eglantine Morin est une liane bretonne de 30 ans au sourire à la Julia Roberts. Elle a vécu le rêve de toutes les petites filles en devenant mannequin pour les maisons de luxe… avant de claquer la porte pour ouvrir celle de la mode éthique avec son concept-store à Nantes. Passionnée, cette modeuse propose un dressing équitable à faire pâlir d’envie les blogueuses. Et sans culpabilité. Rencontre.

 

ALCHIMY : Vous avez été mannequin pour des créateurs de luxe, aujourd’hui vous commercialisez une mode éthique. Comment un tel virage a pu arriver ?
Eglantine Morin : Je rêvais de travailler dans la mode depuis toute gamine, et plus particulièrement d’être mannequin, mais ce milieu m’a vite déçue. En parallèle de cette expérience, l’éducation de mes parents m’a beaucoup sensibilisée au développement durable et à une autre façon de consommer. J’avais un BTS tourisme en poche et j’ai commencé un DIU développement durable à l’Université de Nantes à côté du mannequinat : cette formation m’a confortée dans l’idée de travailler dans ce domaine.

 

A : Qu’est-ce qui vous a le plus surprise – pour ne pas dire choquée – dans l’industrie de la mode classique ?
EM : L’utilisation de la fourrure et la façon dont les créateurs s’extasient devant. Ça me donnait envie de vomir.

 

A : Qu’est-ce qu’un produit « éthique » selon vous ?
EM : Un produit éthique respecte ceux qui le fabriquent : des salaires justes, de bonnes conditions de travail, le respect de la personne humaine, le non-travail des enfants… C’est aussi un produit qui a très peu d’impact sur l’environnement que ce soit au niveau du transport ou des matières utilisées : du coton biologique, du bambou, du polyester recyclé, du cuir vegan… Et bien sûr, sans produits toxiques dans son procédé de fabrication qui sont ensuite déversés dans les rivières et les pollueront, comme tout l’écosystème.

 

A : Aujourd’hui en 2016, quelle mode éthique est possible en France ?
EM : De nombreuses boutiques apparaissent un peu partout en France ainsi que sur le net, mais nous sommes bien en retard par rapport aux pays du Nord. Pour s’habiller éthique il faut revoir sa façon de consommer et de se vêtir en intégralité : privilégier des pièces qui ne se démodent pas et qu’on a envie de voir dans son placard toute sa vie. Consommer moins, mais mieux.

Les Trésors Partagés, concept-store chic et éthique à Nantes
Les Trésors Partagés, concept-store chic et éthique à Nantes

 

A : Plus globalement, quelles sont, selon vous, les pratiques à modifier en priorité dans l’industrie de la mode ?
EM : Il y a deux possibilités. Dans l’idéal, les industriels doivent régirent des nouvelles façons de fabriquer : instaurer un salaire juste, de bonnes conditions de travail, interdire le travail des enfants dans leurs usines partenaires. Arrêter de tirer les prix vers le bas, car c’est ce qui pousse les usines à faire travailler davantage leurs ouvriers en un temps record et à moindre coût ! Au Bangladesh, un ouvrier est payé 3 euros par jour et ce ne sont pas des journées de 8 heures…

Malheureusement je ne crois pas à cette hypothèse. Ces industriels ne pensent qu’à une chose : leur profit. S’enrichir sur le dos de ceux qui triment, qui souffrent et qui parfois meurent. Cela doit donc venir des consommateurs, en boycottant les grandes chaînes de la mode à bas prix que sont les Zara, H&M, Primark, Pimkie, Promod, Gap, Forever 21…

 

A : Quel avenir voyez vous pour la mode ?
EM : J’espère que les gens vont prendre conscience que tous les jours, des ouvriers du textile dans les pays en développement meurent pour fabriquer ces vêtements à bas prix. Il faut agir pour que cela cesse, lire les étiquettes, se renseigner…

Attention cependant aux marques qui font du « greenwashing »… De nombreuses enseignes affichent par exemple des produits soi-disant « made in France », plus chers que les autres, mais aux prix toujours dérisoire : il est impossible de proposer une robe Made in France à 60 euros. Ces marques du Sentier font travailler des asiatiques sans papiers, non payés donc non déclarés, sans congés, dans des caves surchauffées sans aération. Quand un ouvrier demande s’il peut être payé, on lui répond d’aller voir ailleurs. Et ça se passe en France…. C’est désespérant ! Un reportage d’Envoyé Spécial y a été consacré, cet épisode m’avait particulièrement marqué.

C’est ce qui s’appelle de l’esclavage moderne.

 

A : Aujourd’hui, vous pourriez retourner à la mode classique ?
EM : (Catégorique) Jamais.

 

A : Quelques marques éthiques coup de cœur à partager ?
EM : People Tree que l’on peut voir dans le documentaire « The True Cost« , on y observe l’engagement de la créatrice, elle est remarquable. Après l’avoir regardé, j’ai écrit à la marque pour leur dire que j’étais très fière de travailler avec eux.

Il y a aussi Armed Angels, Jan’N June, Blondifox, Matt & Nat, Good Guys, l’Atelier de Couture, Eple & Melk, O My Bag, Alpachura, Tricote Moi un Tattoo, Madame Melon… et bien d’autres encore !

 

Les Trésors Partagés, concept-store éthique et équitable, 10 rue des 3 Croissants à Nantes. Mode, beauté, déco, cosmétiques, snacking. A retrouver sur Instagram et Facebook.

Cléo

The (radio)girl next door et fan numéro 1 de Friends.

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