Dans le sens du poil
Hugo 30 novembre 2015

Temps de lecture : 5 minutes

Le mois de Novembre s’achève doucement, et avec lui finit le « Movember ». L’événement annuel et mondial qui invite les hommes à se laisser pousser la moustache afin de sensibiliser leur entourage au cancer de la prostate. Ou selon certains glabres aigris, simple excuse pour arborer fièrement une moustache. L’occasion pour nous de revenir sur le sens caché du poil visible, et mettre à poil mesdames et messieurs.


 

— LES HOMMES À POIL
Mesdames vous l’avez sûrement remarqué, la barbe a fait un retour en force depuis quelques années. Il n’est pas ici question de faire un classement des plus belles barbes de stars, encore moins d’énumérer les 95 raisons débiles pour lesquelles votre homme devrait porter une barbe. Le sujet est grave. Car l’Histoire de la barbe est longue comme celle du père Noël.

 

— LA BARBE DES PUISSANTS
La première signification d’une barbe est physiologique, évidente : différencier un jeune garçon d’un homme (Désolé pour ce tacle par derrière messieurs les imberbes).

L’homme a toujours donné un sens à la barbe. Synonyme de puissance, de force, de vitalité, d’autorité, de sagesse et d’expérience, elle est l’attribut des dieux, des souverains et des hommes de hauts rangs : dieux grecs, Pharaons, philosophes, héros antiques. La barbe est aussi l’ami du religieux.

La barbe a bien sûr un caractère politique. Le Tsar Pierre le Grand invente en 1704 un impôt sur la barbe afin d’occidentaliser la Russie, trop barbue à son goût pour être moderne. En France, les rois ont longtemps porté la barbe puis la moustache, les révolutionnaires imposent donc de se raser sous peine de finir à la guillotine, le « grand rasoir national ». A l’inverse, les garçons de café doivent faire grève en 1907 pour être autorisés à porter la moustache, signe de distinction sociale élevée. Et après la Grande Guerre, où les Poilus n’avaient pas le temps de se raser, la barbe est abandonnée, symbole de la barbarie endurée. Que dire des révolutionnaires de tout poil ou des hippies barbus, pour qui la barbe est une réaction aux normes sociales.

Attention tout de même de ne pas oublier les contraintes pratiques. Alexandre le Grand déconseillait à ses guerriers d’avoir une grosse barbe, car ils risquaient de se la faire agripper pendant les combats.

 

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Source whiskerino.org

 

— LA BARBE COOL
Mais au delà des symboles, la barbe est avant tout un objet de mode. Toute la seconde moitié du 20e siècle a vu le glabre s’imposer dans les sociétés occidentales. Votre Papa ne se permettait la barbe de 3 jours que pendant ses vacances à la plage. Et les filles craquaient pour les mecs bien rasés de près. Les barbus étaient sales et négligés.

Puis tout a changé brusquement. Les acteurs hollywoodiens ont commencé à porter une fine barbe d’aventurier, Chabal est devenu une icône nationale, les Hipsters à grosse barbe ont envahis les centre-villes. Gillette doit désormais licencier des salariés (pour de vrai hein !). Avoir une barbe est devenu cool. Pire, avoir une barbe est devenu viril. Même les policiers ont le droit d’avoir une barbe maintenant, c’est dire. Hier les hommes se faisaient épiler les joues au laser, aujourd’hui ils se font des implants de barbe sur le menton. La mode, ça va ça vient.

 

Source Shutterstock
Source Shutterstock

 

— LES FEMMES À POIL
Oui bien sûr, les femmes à moustache n’ont jamais vraiment été à la mode. Et les femmes ont peu de poils sur le visage, donc pas d’histoire barbante à raconter ici.

Mais croyez le ou non, les femmes ont aussi des poils. Et le corps féminin, comme le visage des hommes, a toujours été soumis aux normes et canons de beauté au cours de l’histoire.

 

— LES POILS IMPURS
Si pour les hommes c’est une histoire de barbe, pour les femmes il s’agit des poils aux aisselles, sur les jambes et l’entrejambe. Cléopâtre s’épilait, les dames fortunées du Moyen-Age aussi. L’épilation était donc un signe de distinction sociale, comme la barbe. Néanmoins, le corps lisse n’a pas toujours été à la mode au cours de l’Histoire. Les poils étaient très en vogue à la Renaissance ou au début du 19e siècle. Hélas pour ces pauvre poils, les anges, les déesses, ou tout être pur et bienfaisant, ont toujours été représentés glabres. Tandis que les poils renvoient à la chair et à l’animalité, scandaleux pour la religion, la morale, la société…

 

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L’Origine du monde, huile sur toile de Gustave Courbet (1866)

 

La femme est ainsi assimilée à cet idéal de beauté sans poils, de pureté et de perfection. Les jambes et les aisselles des femmes sont montrées imberbes, des déesses antiques aux mannequins publicitaires actuels. Dans la vraie vie pourtant, les poils repoussent immanquablement, et les femmes ont des poils depuis la nuit des temps. Car cette haine du poil féminin ne s’est réellement imposé en Occident qu’au XXe siècle. Par souci d’hygiène d’abord, par mode ensuite, les corps sont devenus lisses.

 

— L’ORIGINE DU MONDE N’EST PLUS POILUE
Cette haine se porte aujourd’hui principalement sur une partie bien précise du corps féminin.

Ces messieurs ont peut-être remarqué des changements notoires. L’entrejambe de la majorité des jeunes femmes est aujourd’hui épilée. Une étude de l’institut de sondage l’IFOP, publiée en 2014, indiquait qu’une femme de moins de 25 ans sur deux est épilée intégralement. Premier responsable pointé du doigt : la pornographie. La pornographie a commencé à épiler les femmes car la censure se faisait au poil, enlever des poils permettait d’en montrer un peu plus sans être censuré. Puis le phénomène s’est accentué jusqu’à aujourd’hui, où la pornographie en libre accès sur internet influence considérablement les comportements sexuels des jeunes générations, de notre génération. Les femmes à poil sur internet n’en ont plus vraiment. Jusqu’à la prochaine mode…

 

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— CONGÉNÈRES DE TOUS POILS, UNISSEZ-VOUS !
Et cette mode du lisse s’étend de plus en plus aux hommes, qui commencent eux aussi à s’épiler le torse, les aisselles, etc. C’est bien une société hygiénique, sans poils, qui s’impose petit à petit à nous.

Les poils nous renvoient à notre animalité. L’homme et la femme n’ont eu de cesse de vouloir les domestiquer, les maîtriser, afin de ne plus être un singe comme les autres. Le poil est aussi un moteur de socialisation, qui nous définit par rapport au regard de l’autre. Or, l’industrie du porno comme l’industrie de la mode s’en sont emparées, il faut y faire attention. Il convient également de ne pas oublier le lobby esthétique, qui représente un certain poids commercial.


Le poil, la barbe sont aujourd’hui des outils de mode. Ils demeurent néanmoins des objets politiques, de lutte ou de protestation. Certains et certaines les utilisent encore comme tels.

Et avant de vous raser n’oubliez pas, les poils abritent un grand nombre de phéromones, l’hormone de l’amour et du désir.

Hugo

Joueur, calin, tatoué et vacciné. Prix à débattre.

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