La crise en Islande, des solutions audacieuses
baptiste p 7 mars 2016

Temps de lecture : 4 minutes

En 2008, l’Islande a très mal subi la crise financière. Alors que son IDH de 2007 et 2008 la plaçait parmi les pays les plus développés au monde, cette île colonisée par les vikings au IXe siècle a bien failli être le premier cas de faillite nationale de la crise financière mondiale. Comment se sont-ils sortis de cette situation ?


 

— CRISE FINANCIÈRE ET FAILLITE DES BANQUES
En 2007 le premier ministre Islandais Geir Haarde affirmait au Figaro : « Notre plus grande fierté, c’est d’avoir amélioré le niveau de vie général de la population : depuis 1994, le revenu disponible moyen des ménages, après impôts, a augmenté de 75 % ! ». Un enthousiasme très peu éclairé. En effet, l’Islande est à l’aube d’une crise économique sans précédent.

En 2008, la crise des subprimes s’abat sur cette île qui est à deux doigts de devenir le premier cas de faillite nationale de la crise financière mondiale. Ce désastre s’explique par le fait que les principales banques islandaises, comme beaucoup d’autres banques occidentales,  se sont beaucoup trop endettées au point de ne plus être solvables.

Jusque-là, il n’y a rien de bien nouveau. En revanche, ce qu’il y a de nouveau c’est que, contrairement à tous les autres Etats occidentaux, l’Etat Islandais n’a pas sauvé les banques qui ont eu les yeux beaucoup plus gros que le ventre. De ce fait, celles-ci ont été contraintes de se déclarer « en faillite ». Ces banques-là, les trois plus grosses du pays, ont alors été nationalisées. Ces nationalisations ont permis à l’Etat islandais de ne pas suivre les banques dans leur chute et lui a octroyé une certaine marge de manœuvre monétaire.

«Nous n’aurions pas pu sortir de la crise si nous avions été membre de l’Union Européenne»

Sigmundur Davíð Gunnlaugsson

 

— RÉVOLUTION CITOYENNE
Grâce à ces mesures audacieuses, le pire a été évité pour ce pays de Vikings. Cependant, la situation n’en est pas moins restée difficile : baisse de l’activité économique, forte inflation, chômage. C’est alors que surviennent des mouvements populaires pour exiger la démission du gouvernement et du directeur de la banque centrale. Des élections anticipées sont aussi revendiquées. Ces manifestations ont été accompagnées d’incidents rarissimes dans ce petit pays ne disposant pas d’armée. Alors que l’île n’est peuplée que de 320 000 habitants, des milliers d’Islandais se relaient chaque après-midi devant le Parlement à Reykjavík. En 2009, le gouvernement démissionne et des élections anticipées sont réalisées. La force d’un peuple qui se soulève n’a pas d’égal !

Pour autant un problème persiste. Une filiale de l’une des banques nationalisées en 2008, Icesave, hébergeait les dépôts de ressortissants britanniques et néerlandais (environ 340 000 personnes concernées). Ceux-ci cherchant à bénéficier des taux avantageux que proposaient les banques islandaises avant la crise. Du jour au lendemain ils ont vu leurs comptes gelés, alors qu’ils pensaient leur épargne « au chaud ».

Cette situation a créé un froid diplomatique sans précédent, le Royaume-Unis et les Pays-Bas exigeant que cette dette soit honorée. La note s’élevait à cinq milliards de dollars. Les gouvernements des pays concernés se mirent d’accord sur une loi prévoyant un remboursement. Cette loi convenait d’un recouvrement d’environ 12 000 euros par Islandais, étalé sur plusieurs années. Face à cette décision, une initiative citoyenne, Defence, fit signer une pétition par 60 000 islandais (sur les 320 000 habitants) et la résidence du président Olaf Ragnar Grimsson fut assiégée par des milliers de citoyens pendant des jours entiers.

Sous la pression populaire, le chef de l’Etat fut contraint de soumettre l’adoption de cette loi par référendum (à deux reprises, en 2010 puis en 2011 sous une version révisée). Les deux fois, le « non » l’a très largement emporté. Les Islandais refusaient de porter une responsabilité qui ne leur incombait pas. C’est donc la banque concernée, elle-même, qui fut contrainte d’honorer la dette une fois qu’elle reprit des couleurs.

 

 

—LE CHOIX DE LA SOUVERAINETÉ POPULAIRE
Alors que le pays était au bord de la banqueroute en 2008, la crise n’a pas duré bien longtemps. La politique audacieuse, fortement suggérée par le peuple, montra rapidement son efficacité. L’inflation a disparu et le taux de chômage se trouve aujourd’hui à un taux très bas. De plus, alors qu’ils avaient émis le souhait de rentrer dans l’UE, les Islandais se sont ravisés trouvant qu’ils avaient plus à perdre qu’à y gagner.

« Ne pas écouter les marchés financiers,
mais le peuple
 »
Olaf Ragnar Grimsson

 

Et l’un des souhaits le plus fort des Islandais fut de mettre les coupables de cette crise face à leurs responsabilités. Ainsi, des procédures judiciaires ont été déclenchées. Une commission d’enquête parlementaire a désigné les coupables : environ 30 responsables de banques, des membres du gouvernement et des fonctionnaires de la banque centrale. La Cour suprême est même allée jusqu’à prononcer contre quatre d’entre eux des peines allant de cinq à six ans de prison pour manipulations frauduleuses du marché et abus de confiance. Ce sont les sanctions les plus sévères jamais prononcées en Islande en matière de criminalité économique.

 


Avec une population de 320 000 habitants, l’Islande ne dispose pas de la même configuration qu’un pays comme la France, certes. Cependant, alors qu’une crise financière semblable à celle de 2008 (voire pire) se prépare pour 2016, ce peuple de Vikings est l’exemple vivant que le choix de la souveraineté populaire n’est pas synonyme de chaos. Bien au contraire. Seulement, ça ne viendra pas tout seul. A bon entendeur…

baptiste p

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