Comment devenir un super-héros politique ?
Jubibu 17 février 2016

Temps de lecture : 5 minutes

« Je viens de rompre avec la politique. Entre nous ça n’a jamais été le grand amour mais ces dernières années, ça s’est vraiment trop dégradé. Les politiques sont trop éloignés du peuple, j’ai le sentiment de ne pas être comprise. Ils ne pensent qu’à eux alors que ce sont nous qui souffrons. C’est vraiment tous les mêmes. Des conseils pour me remettre de ce chagrin d’amour ? » Christel.banane28


 

— GENERATION404, ERREUR
« Quand on prend le métro, les gens font la gueule. C’est métro, boulot, dodo. On a l’impression de s’enfoncer, de vivre dans un carcan et on n’a pas le droit de parler. C’est comme si on portait une muselière. Les politiciens décident à notre place. Si on vote, on a l’impression qu’on ne nous suit pas. » Estelle, 44 ans, à la recherche d’un emploi.

Ces témoignages sont tirés du numéro de 20Minutes distribué le 24 Novembre 2015 – #Génération404NotFound. Ce numéro spécial a pour objectif de braquer les micros vers ceux qui d’habitude ne se sentent pas écoutés : « Génération 404 comme le message d’erreur. Comme ces gens qui, face à une situation de crise, repensent les modèles et trouvent des solutions ». Ces bribes de discussions ont été publiées telles quelles par la rédaction de 20Minutes.

 

Pawel Kuczynski - Loop
Pawel Kuczynski – Loop

 

Une défiance qui ne semble pas uniquement partagée par la génération Y, mais bien par l’ensemble de la population. Ce qui ressort de ces témoignages, c’est un sentiment d’impuissance face à une situation jugée sans alternatives possibles. On se sent désabusé face à des politiciens davantage animés par leurs intérêts personnels que par l’intérêt général : des hommes politiques jugés incompétents, incapables de changer la situation et bien loin des réalités qui nous concernent.

Alors comment faire pour que les choses changent ? Comment faire comprendre à ceux qui nous gouvernent que nous attendons des solutions concrètes ? Et comment se fait-il que ce petit groupe puisse se maintenir ainsi en haut de l’échelle ?

 

— ÉTIENNE DE LA BOÉTIE, 16 ANS, ADOLESCENT PERCUTANT
C’est dans un essai court mais intense d’une 40aine de page, qu’Étienne de la Boétie – philosophe français, poète et ami intime de Montaigne –« Parce que c’était lui ; parce que c’était moi. » – tente de comprendre ce rapport « maître/esclave ».

À la première lecture, il est difficile de croire qu’un adolescent de cet âge ait pu penser cela en plein milieu du XVIe siècle. Ce texte, écrit il y a bien longtemps, brille par sa triste modernité. Sa réflexion éclaire les mécanismes de l’asservissement du peuple sous une structure pyramidale.

Ce qu’il constate le surprend et l’interroge : pourquoi les gens se soumettent-ils à un chef qui n’a de pouvoir que celui que le peuple lui donne ?

 

Pawel Kuczynski - 18
Pawel Kuczynski – 18

 

— DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE
« Pour être esclave, il faut que quelqu’un désire dominer et… qu’un autre accepte de servir ». Dans son petit discours, de la Boétie décortique les rouages de la servitude qui sont une constante dans les sociétés humaines. Il nous dit que nous sommes soumis, résignés voire lâches uniquement parce que quelque part, nous le voulons bien. Comment expliquer sinon qu’un petit groupe d’oppresseurs seulement puisse dominer une masse si importante d’opprimés ?

Le goût de la liberté, nous l’avons perdu depuis bien longtemps, or « on ne regrette jamais ce que l’on n’a jamais eu». L’habitude est donc un puissant moteur de notre propre résignation, car il est certain que si nous avions à choisir entre servir ou être libre, nous nous battrions pour défendre notre liberté.

Mais pour faire durer ce système, les « dominants » ont également recours à quelques subterfuges éculés. Il rapporte à ce propos l’exemple d’une ville qui refusait de se rendre à l’autorité d’un tyran. Pour parvenir à ses fins, il a ouvert des bordels et des salles de jeu – l’équivalent de nos séries télés ou du Bois de Boulogne auxquels nous pouvons aujourd’hui ajouter la « fierté de  travailler dur » – pour divertir la population et occuper les esprits. Il a pu alors asseoir son pouvoir dans la région, sans provoquer de rébellion.

 

— SOYEZ SÛR DE NE PLUS SERVIR ET VOUS VOILÀ LIBRE
Une solution ? Hormis la potion magique, de la Boétie nous explique que le « tyran » n’a de pouvoir que celui que nous lui donnons. Seul face à des millions, il n’est pas besoin de le combattre ni de l’abattre. La question n’est pas de lui ôter son pouvoir, mais de ne rien lui donner. C’est simplement en refusant de donner son consentement, que l’on peut faire s’effondrer une machine qui nous paraît pourtant impossible à renverser.

Alors comment faire pour que les choses changent ? Comment faire savoir à ceux qui nous gouvernent que nous attendons des solutions concrètes ?

Il faut accepter que le changement ne vient pas « d’en haut ». N’attendons pas non plus un contexte historique favorable à la révolution, une crise majeure qui révolterait d’un coup les masses ou bien la bonté des autres.

C’est au niveau individuel qu’il faut agir et d’abord en refusant de consentir tacitement à l’ordre des choses. C’est une politique modeste, c’est moins spectaculaire qu’une révolution, mais c’est susceptible de produire des effets.

 

Pawel Kuczynski - Speech
Pawel Kuczynski – Speech

 

Alors bien sûr, si nous sommes seuls à agir, aucun changement ne surviendra, mais au moins nous pourrons dire que cet assujettissement ne passera pas par nous. Par contre, si chacun s’y met, un peu à la façon des lilliputiens qui travaillent ensemble pour immobiliser un géant beaucoup plus fort qu’eux, alors il est possible d’opérer un changement.

Il est facile d’aller manifester dans la rue pour le droit des femmes, et en rentrant de considérer que c’est quand même à elle de faire à manger. Ou bien de créer un site contre le racisme, mais de se dire que quand même, mon fils ne va pas épouser une noire.

Il y a donc plus de promesses de changements dans notre comportement, que dans de beaux discours. La solution est de pratiquer ses idées. Pour terminer de s’en convaincre, nous pouvons ré-écouter une partie du discours du leader de Podemos, un parti politique espagnol qui a émergé à partir du mouvement des Indignés.

 

Les Voyages du Gulliver - Photo du film
Les Voyages du Gulliver – Photo du film

 


« La clé est de réussir à faire aller le “sens commun” vers le changement. César Rendueles, un mec très intelligent, dit que la plupart des gens sont contre le capitalisme, mais ne le savent pas. La plupart des gens sont féministes et n’ont pas lu Judith Butler ni Simone de Beauvoir. Il y a plus de potentiel de transformation sociale chez un papa qui fait la vaisselle ou qui joue avec sa fille, ou chez un grand-père qui explique à son petit-fils qu’il faut partager les jouets, que dans tous les drapeaux rouges que vous pouvez apporter à une manif. Et si nous ne parvenons pas à comprendre que toutes ces choses peuvent servir de trait d’union… »

Source : Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, Éditions mille et une nuits © 1995, (traduction en français moderne de Séverine Auffret).
https://blogs.mediapart.fr/tatiana-ventose/blog/091214/lecon-de-strategie-politique-lusage-de-ceux-qui-veulent-changer-le-monde
Pawel Kuczynski : http://www.pictorem.com/collectioncat.html?author=Pawel+Kuczynski
Jubibu

De l'humour et des idées claires

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