[Talk Déclick] Climat de conflit (et vice versa)

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Vague de migrants, révoltes, conflits en tous genres, guerres… Et si tous ces phénomènes qui ne cessent de croître aujourd’hui étaient liés au réchauffement climatique ? Alors que nous sommes davantage alertés sur la question écologique du réchauffement planétaire, notre avenir aurait-il davantage de lien avec le climat ?


 

Depuis 800 000 ans, nous n’avons jamais dépassé un taux de CO2 de plus de 300 PPM (partie par million). Une longue période où la planète Terre a connu des phénomènes de glaciations et de réchauffements climatiques. Plus il y a de CO2, plus la température augmente parce que le CO2 piège davantage de chaleur solaire. Entre 1910 et 2014, le taux de CO2 est passé de 300 PPM à 410 PPM. Cela dépasse les phénomènes naturels. Les répercussions sont vertigineuses et de plus en plus graves. Nous allons nous intéresser ici à l’une des conséquences qui tuent des millions de personnes chaque année : la guerre.

 

— LES GUERRES D’AUJOURD’HUI SERONT LES GUERRES TRIVIALES DE DEMAIN

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Un combattant du Front Al-Nosra affilié à Al-Qaïda, juillet 2014 Damas (Syrie). © RAMI AL-SAYED / AFP


L’ensemble des contestations populaires du Printemps arabe naquit d’une sécheresse record en Ukraine en 2010. Le blé se fait rare et son prix grimpe. Tunisie, Libye et Égypte, ces pays importateurs de blé ukrainien subissent de plein fouet cette montée des prix  et cette pénurie. Affamé, le peuple se révolte et les régimes s’écroulent un par un. Un mal pour un bien diront certains. On parlera même de « Réveil arabe ». Mais des révolutions tourneront tout de même en guerre civile et causeront la perte milliers d’hommes et de femmes.

Autre exemple de conflit dû au réchauffement climatique, la Guerre civile syrienne. Débutant en mars 2011 sous une sécheresse record, les récoltes ne résistent pas à cette brusque montée des températures. Un million de Syriens fuient vers les grandes villes. Les tensions montent. Des manifestations anti-régime et pro-régime éclatent et la guerre civile commence. Des groupes terroristes profitent du chaos pour répandre le virus de l’état islamique et depuis quelque temps dans le monde entier avec Internet. 240 000 morts ont été recensés à l’heure actuelle.

 

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À Hili, en Inde, mai 2013. Un enfant sert de passeur pour des commerçants bangladais. ©Gaël Turine – Agence VU

 

À mesure que ces phénomènes se développent en parti à cause du réchauffement climatique, certains États prennent déjà leurs précautions. Avec la montée des océans dus à la fonte des glaces, le Bangladesh, qui est déjà un pays habitué aux cyclones et tempêtes, aura dans quelques décennies un quart de son territoire sous l’eau. Avec ses 160 millions d’habitants qui augmentent de 6 % par an, où vont-ils se réfugier ? Son voisin l’Inde a tout prévu pour ne pas les accueillir. Un mur -le plus long du monde- fut construit le long de la frontière pour empêcher l’arrivée des Bangladais. Moralité ? Zéro. On pourrait le surnommer Le Mur de la Peur.

Ces phénomènes d’exodes et de conflits donnent un avant-goût des effets déstabilisateurs de l’insuffisance des ressources alimentaires et des crises humanitaires à venir, qui obligeront les pays occidentaux à intervenir pour empêcher une dégradation de la situation.

En 2050 l’ONU estime qu’il y aura 250 millions de réfugiés climatiques dans le monde. À mesure que les impacts négatifs de ces phénomènes affecteront les continents – déjà aux prises avec des difficultés économiques et des troubles sociaux – les tensions et les facteurs d’instabilité déjà existants s’accentueront. La pire corrélation que nous connaissons est la suivante : s’il y a tension sur les ressources, alors il y a tension sur les relations diplomatiques.

 

— L’ARCTIQUE, LE MIROIR DES CONFLITS GÉO-POLITIQUES

Fonte de l’Océan Arctique entre 1999 et 2014 @National Geographic Atlas of The World 2014


Les relations entre Russes et Américains sont tendues et elles devraient de nouveau perdurer avec le réchauffement climatique. Alors que la glace fond au pôle Nord, les richesses du sous-sol Arctique se dévoilent comme le pétrole et le gaz. Avec la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, dites Montego Bay (1973), tous les États circumpolaires disposent d’une zone maritime d’environ 370 km à partir de leur ligne côtière qui leur appartient entièrement (voir image ci-dessous). Cette zone peut-être prolongée de 300 km environ sous réserve d’acceptation de l’ONU. Ce prolongement a pour but uniquement d’exploiter les richesses du pôle Nord (pétrole, gaz, minerais…).

Par conséquent, les États circumpolaires jouent au jeu du chat et la souris, mais jusqu’à quand ? Alors que le Congrès américain n’a pas ratifié la convention de Montego Bay, cela n’empêche pas les États-Unis de donner leur feu vert à la relance des forages pétroliers de la compagnie Shell en Arctique selon Reuters. Tandis que la Russie a planté en 2007 son drapeau au fond de l’Océan Arctique pour revendiquer son territoire.

Autre conséquence directe du recul de la calotte glaciaire : le manifestement de nouvelles voies maritimes. Ceci signifierait un bouleversement du commerce mondial d’importance considérable pour plusieurs pays, à commencer par Les États-Unis et la Russie avec le Détroit de Béring. Par ailleurs, les distances maritimes vont être amoindries. Le trajet Rotterdam (Pays-Bas) vers Yokohama (Japon) passerait de 20 720 à 12 000 km selon Alexandra Bellayer-Roile, universitaire rennaise. Bref, l’Arctique est un aimant de convoitises !

 

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Pic de pollution de l’air à Paris le 8 avril 2015 ©SIPA

 

Difficile de faire passer le message de la crise écologique sachant qu’il y a d’autres crises qui éclatent autour (sociale, économique…). Pourtant c’est la crise majeure. Depuis quelques décennies, nous sommes dans la période des conséquences climatiques. Nous sommes arrivés à un stade où nous savons par quels moyens il faut agir. Mais certains préfèrent passer du déni au désespoir. D’autres suivent un autre chemin, celui de l’action.

 

Nous sommes tous responsables du changement climatique. Au lieu d’attendre, il faut déjà changer ses habitudes pour atténuer les catastrophes qui surgissent à en partie à cause du réchauffement climatique. Comparées à nous, les multinationales sont de grosses pollueuses (Bayer, Total, Minatom, Dow Chemicals…) et les États ont du mal à leur demander de baisser leur charge en émission de carbone, au risque qu’ils mettent des bâtons dans les roues (délocalisation, réduction du personnel, baisse des investissements…). Mais si chaque pays coopère pour aller dans un seul et unique but : assurer un avenir plus propre et plus vert pour lutter efficacement contre le dérèglement climatique et accélérer la transition vers des sociétés et des économies résilientes et sobres en carbone, alors nous y arriverons. 

 


J’aurai atteint mon but si en lisant cet article jusqu’au bout vous vous dites que le réchauffement climatique n’est pas qu’une question d’écologie et de petits bobos qui mangent des feuilles de fenouil, mais aussi la genèse d’une grande partie des guerres depuis 100 ans et qui continueront à livrer leurs conflits et leurs tensions que nous connaissons actuellement et feront émerger d’autres phénomènes catastrophiques que nous ignorons encore.

 

Guillaume Le Coq

Agriculteur exploitant et éleveur de poulet à la SCEP depuis 1964.

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