Chine : un dragon blessé ?
baptiste 3 février 2016

Temps de lecture : 5 minutes

Déjà première puissance mondiale avant 1830, l’Empire du milieu a retrouvé sa place et sa grandeur d’une manière soudaine en devenant en 2010, la deuxième puissance économique mondiale. Ses forces et réussites sont incontestables mais ses faiblesses aussi. Aujourd’hui, le dragon semble blessé.


Malgré un PIB s’élevant à 11 285 milliards de dollars en 2015, le ciel n’est pas si bleu. Dès 2008, à la suite des Jeux Olympiques, un ralentissement économique se fait ressentir et le gouvernement se voit obligé d’adopter un plan de relance de près de 455 milliards de dollars. En 2015, c’est la chute : dévaluation brutale du YUAN après une baisse des exportations chinoises de 8,3%. Il n’en fallait pas plus pour que les médias et analystes occidentaux s’inquiètent sur la fin du « modèle miracle chinois ». Jean-Michel Quatrepoint, journaliste économique ayant notamment travaillé au Monde pendant onze ans, s’accorde sur les difficultés bien réelles de l’économie chinoise, mais ajoute qu’elles « n’en n’étaient pas moins prévisibles ».

 

— D’USINE À LABORATOIRE DU MONDE
En effet, l’une des premières faiblesses de la Chine est sans conteste la baisse de ses exportations. C’est inéluctable, d’autres pays d’Asie prennent le relais, l’Inde et le Vietnam font partie de ces pays qui marchent sur les plates-bandes de la Chine et deviennent des concurrents directs sur le marché mondial. Toujours tournée vers l’exportation et les investissements massifs étrangers, l’économie a désormais du mal à trouver un second souffle émanant de la consommation intérieure. Les travailleurs se qualifient, les mentalités changent, et la politique aussi. Autrefois basée sur des groupes étatiques tout-puissants liés au modèle communiste, la Chine devient une économie de marché régulée dont l’initiative privée serait le moteur. Régulée car l’actuel président Xi Jinping, entré en fonction en 2013, souhaite notamment recentraliser certains secteurs pour mener une nouvelle politique d’aménagement du territoire. Développer les régions les plus pauvres en délocalisant les usines manufacturières et inciter les régions côtières riches à investir dans l’innovation, les laboratoires, les nouvelles technologies, le numérique et les services.

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—DÉMOGRAPHIE OU HÉMORRAGIE
Ici, il faut se lever, se grandir pour regarder vers l’avenir et raisonner sur le long terme. Aujourd’hui, certes, le pays est riche d’un nombre considérable d’actifs représentant plus de 70% de la population. Sur 1,36 milliard d’habitants, ça en fait des petites mains. Mais demain ?

Laurent Greilsamer s’interroge sur la question et fait ce constat : « à l’horizon 2050 une classe de près de 330 millions de personnes âgées risque de transformer la Chine en hospice ». La faute à la politique dite de l’enfant unique adoptée dès 1978. « Deux parents. Un enfant » ou en « Papa, Maman et moi » vantaient les affiches. Une politique certes abandonnée en décembre 2015 mais source d’un deuxième problème non moins négligeable, le déséquilibre des sexes. Il n’y a pas longtemps, la proportion des garçons à la naissance était de 118 pour 100 filles. Selon le nouvel économiste.fr en 2020, on estime que le nombre d’hommes célibataires chinois sera de 23 millions, soit environ l’égal de la population de l’Australie. Et la plupart de ces célibataires devraient rester sans compagne toute leur vie…

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— TOUT LE MONDE MENT
Qui sait vraiment où en est vraiment la Chine ? Un pays de près de 9,6 millions de km2 (17,5 fois la France), avec autant d’ethnies que de langues parlées – seul un habitant sur deux parle le chinois, une absence de règles et de droits reconnus et applicables à tous, un Etat communiste à parti unique… Autant de facteurs qui, d’après beaucoup de Chinois, rendent leur pays pratiquement ingouvernable et qui expliquent le manque de statistiques totalement fiables. Aucun moyen de savoir ce que produit réellement la Chine, le pays est rongé par la corruption et la censure, à commencer par les chefs de provinces. Jean-Luc Domenach, grand spécialiste de la Chine et ancien directeur scientifique de Science Po, nous explique que « pour savoir comment l’économie se porte, le Premier Ministre est obligé de se référer à la dépense d’électricité. C’est le seul élément mesurable… Tout le monde ment ! ».

Xi Jinping a pourtant décidé d’en finir avec la corruption et lance un plan majeur pour guérir le pays de cette gangrène notamment dans les secteurs liés à l’environnement et la circulation d’agent. Mais la maladie est tellement développée, que Xi Jinping risque de se mordre la queue. Ceux qui vont devoir chasser la corruption sont eux-mêmes corrompus. Pour l’instant la campagne s’attaque donc essentiellement à ses ennemis, renforçant alors paradoxalement son pouvoir et celui de son camp.

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— UN DRAGON CRACHEUR DE … SMOG
Les alertes à la pollution se multiplient en Chine, le brouillard n’est plus matinal à Pékin mais meurtrier : 17% des décès prématurés sont liés à la pollution de l’air. Des chiffres accablants, 16 villes seulement, sur 161, respectent les standards nationaux de qualité de l’air. Le ministère de l’Environnement a fermé des milliers de d’usines et de chantiers, 20 % des terres sont contaminées. Le barrage des trois-gorges, le plus grand du monde, lancé en 2009 met en danger l’écosystème entier de la région et a fait déplacer près de 1,13 million de personnes.

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La situation est telle que dans les grandes villes, l’air devient même marchande. On peut désormais acheter de l’air pur, en provenance du Canada, en bonbonne de 8 litres pour une somme de 100 yuans pièce, soit environ 14 euros. Une véritable catastrophe écologique et un désastre humain en cours et à venir. Mais la nature aurait l’esprit vengeur. En 2014, la Chine a connu 5 séismes majeurs, 10 inondations graves, 19 tempêtes et trois grandes sécheresses qui ont touché près de 3 millions d’hectares. Les dommages et intérêts ont été estimés à près de 23 milliards de dollars. Tout n’est pas si noir. Conscient de cette réalité et des dégâts engendrés par la course effrénée à la croissance, le gouvernement tente désormais de réagir en acceptant par exemple de contribuer activement à la COP21.

 


Alors, fin du miracle ou Chinois, ou simple ralentissement ? Une chose est sûre, le peuple chinois restera ce peuple travailleur, patient et doté de cette extraordinaire capacité à utiliser et valoriser les inventions des autres. 

baptiste

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