Brooklyn, eau de rose vintage
Alex 15 mars 2016

Temps de lecture : 5 minutes

Les histoires romantiques font partie des genres classiques, à la fois dans le domaine littéraire et cinématographique, tant et si bien qu’il est toujours difficile pour un auteur ou un cinéaste d’innover ou même de proposer quelque chose d’un tant soi peu original dans le genre, tant tout a été vu, revu et rebattu. Brooklyn, fier représentant du genre en ce début d’année, nous arrive d’outre-Atlantique avec un bouche-à-oreille critique ultra positif, et surfant sur son accueil lors de sa première au dernier festival de Sundance, où il a été couronné d’une standing ovation. Alors qu’en est-il, vraie réussite ou poudre aux yeux ?


 

L’histoire suit Ellis (jouée par Saoirse Ronan), jeune irlandaise fraîchement débarquée dans le New York du début des années 1950 ; tout ceci grâce à l’aide de sa sœur Rose qui, grâce à un prêtre américain qu’elle connaît, lui a trouvé une place dans une pension à Brooklyn et un travail afin de lui permettre de démarrer dans la vie. Au début, Ellis a bien entendu du mal à s’habituer : loin de sa famille, elle souffre du mal du pays, du contraste avec sa petite ville natale et l’échelle gargantuesque de la grande ville américaine. Et ceci jusqu’à ce qu’elle rencontre Tony, jeune immigré italien, au détour d’une soirée dansante à laquelle elle était venue avec ses amies de la pension. S’en suit les différentes péripéties habituelles des films romantiques, les premiers rendez-vous, etc. Jusqu’à ce qu’un événement tragique vienne briser la routine, la forçant à revenir en Irlande.

Et au niveau du synopsis, c’est à peu près tout ce qu’il y a à savoir. Aller dans le détail des événements du film serait quelque peu inutile, tant déjà ce serait gâcher le plaisir aux spectateurs potentiels, et tant ce serait quelque part rabâcher les points scénaristiques classiques de bon nombre de drames romantiques.

 

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Crédit photo : 20th Century Fox – Brooklyn (Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson)

 

— UN CASTING DE QUALITÉ
Si Brooklyn n’est donc pas une surprise scénaristique, ou même une surprise tout court, si le film était complètement vide il en serait totalement dénué d’intérêt. Or ce n’est pas le cas, et malgré le fait que absolument rien ne vienne déranger la relative monotonie du déroulement du scénario, on reste engagé dans l’histoire et attaché aux personnages, ce qui démontre au moins un niveau de compétence minimum de la part du réalisateur.

Mais le gros point fort du film reste sans conteste ses acteurs, à commencer par Saoirse Ronan qui porte quasiment le film à elle toute seule. En tant que proxy du spectateur, elle campe un personnage foncièrement sympathique, mais surtout jamais agaçant comme ça peut être le cas dans nombre de films romantiques où les leads ont tendance à faire des choix et des décisions qui semblent dénués de tout bon sens voire même d’une quelconque logique interne. Ellis est au contraire un personnage auquel on s’attache réellement, et qu’on ne se lasse pas de suivre. Saoirse Ronan est de toutes les scènes et s’acquitte du job admirablement bien.

Elle n’est de plus pas seule. Au delà de quelques seconds rôles très réussis (on retiendra notamment le vénérable Jim Broadbent dans le rôle du père Flood, ou encore l’hilarante Julie Walters dans le rôle de Mme Kehoe, la gérante de la pension), on notera surtout le très bon Emory Cohen, qui joue ici Tony le petit ami italien de Ellis. Grande gueule et charismatique, il colle à son rôle parfaitement bien.

 

Crédit photos : 20th Century Fox – Brooklyn (Eve Macklin, Saoirse Ronan, Emily Bett Rickards)
Crédit photo : 20th Century Fox – Brooklyn (Eve Macklin, Saoirse Ronan, Emily Bett Rickards)

 

— UN BEAU TRAVAIL DE RECONSTITUTION, MAIS…

L’autre point fort du film est le soin apporté aux décors et aux costumes ainsi qu’aux accessoires de l’époque. Il est rare qu’un film capture aussi bien le New York des années 1950 sans paraître trop appuyé ou trop faux, mais Brooklyn y parvient avec une facilité déconcertante. Le contraste entre la grande ville américaine et la petite bourgade irlandaise est également très réussi, un point qu’il convient de noter : les différences entre les décors, le traitement de la lumière est totalement différent, et là où les scènes new-yorkaises proposent un éclairage plus tranché mais plus écrasant, la ville irlandaise est plongée dans une atmosphère plus vaporeuse, reposante, et ce sans forcément retomber dans les clichés habituels liés à la représentation du pays (le vert à perte de vue, etc.)

Toujours est-il que, en dépit de ces points forts, le film reste un bon film, mais sans plus. Certes, il est essentiellement réussi, fonctionnel sur le plan de la réalisation, de la musique et du scénario, filmé platement mais sans fausses notes, proposant de beaux décors et de bons acteurs, mais au final tout sonne un peu vain, un peu creux. L’histoire d’amour centrale est joliment racontée, mais rien que l’on ait déjà vu des dizaines de fois, et le film ne propose rien qui sorte particulièrement de l’ordinaire ni une once d’originalité dans son traitement du scénario ou sa réalisation.

Ainsi, si l’on passe un bon moment dans la salle, le film est finalement vite digéré et vite oublié. Encore une fois, assez réussi d’un point de vue général, mais qui manque une étincelle de je-ne-sais-quoi qui le rendrait réellement indispensable. En l’état, Brooklyn est surtout une histoire d’amour honnête mais sans génie, sans véritable vision. Un bon film, mais qui souffre certainement de son classicisme à tous les niveaux.

 


15 est un de ces drames historiques qui reposent beaucoup sur ses acteurs, ce qui peut être un pari risqué surtout lorsqu’on est en présence de parfaits inconnus, mais si le film est réussi c’est véritablement grâce à son casting, et sa reconstitution assez poussée de l’époque à laquelle se déroule l’histoire. Du reste, on est en territoire très familier et même si je ne demande pas forcément de la nouveauté à tout prix, et bien que l’on ne s’ennuie pas dans la salle, je doute que le film restera dans les mémoires très longtemps…

 

Alex

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