Borderline, le trouble de la personnalité du XXIème siècle
Line 10 février 2016

Temps de lecture : 4 minutes

« Pourquoi réagit-il comme ça? » C’est souvent la question que se posent les proches de personnes atteintes du trouble Borderline, maladie répertoriée dans les troubles de la personnalité dans le DSM-5. Il touche environ 2% de la population et majoritairement les femmes. Pourquoi cette maladie intéresse tant de personnes alors qu’elle est finalement peu connue des professionnels ? 


 

— BORDERLINE OU « ÉTAT-LIMITE » 
Rien à voir avec le fait d’être limité intellectuellement. Ce terme correspond à l’idée que la personne se retrouve à la limite de la psychose et de la névrose. Ce trouble se caractérise principalement par un excès d’émotions, une grande difficulté à les contrôler et une image trouble de soi-même, de son identité. De ce fait, c’est une maladie difficile à supporter au quotidien car le borderline est sans cesse soumis à ses émotions ce qui l’amène à être très impulsif et il est vite déboussolé et fatigué par ce trop plein d’émotions qui ne cesse de changer entre colère, tristesse, angoisse…

Ces impulsivités peuvent l’amener à des actions dangereuses comme des prises de drogues, une conduite chaotique ou une sexualité débridée. De même, le taux de tentative de suicide est de 60% à 70% chez les borderlines et, bien souvent, c’est une action totalement imprévisible, « sur un coup de tête », contrairement aux dépressifs par exemple qui réfléchissent et organisent longuement la manière de se suicider.

Attention toutefois à ne pas confondre ce trouble avec le trouble bipolaire qui est une maladie psychiatrique cette fois, où le malade alterne des phases totalement euphoriques avec des moments proche de la dépression : c’est la montagne russe ultra-violente des émotions.

Selon le site de l’Aapel (Association en aide aux personnes atteintes d’état-limite), il faudrait se reconnaître soi-même ou un proche dans minimum 5 des caractéristiques ci-dessous pour savoir si l’on peut-être atteint de ce trouble. Attention, il faut que ces caractéristiques reviennent régulièrement dans votre vie pour que cela soit valide. Évidemment, cela ne remplace en aucun cas l’avis d’un médecin et n’affirme pas que vous êtes borderline même si vous vous reconnaissez dans 9 de ces points. Cela permet de vous questionner sur votre rapport à la maladie.

  • Incapacité à gérer ses émotions ou victime de ses émotions
  • Problèmes relationnels
  • Changements d’humeurs soudains, intenses rapides ou fréquents, sautes d’humeur
  • Anxiété
  • Relations de type Amour / Haine. Pense autrui en tout Bon / tout Mauvais sans compromis
  • Sentiment d’être une  » victime « , incapacité à accepter ses propres responsabilités
  • Sentiment de déprime, tristesse ou de vide
  • Accès de colère fréquents ou imprévisibles (extériorisés ou pas), colère incontrôlable
  • Image de soi instable
  • Peur de l’abandon
  • Comportements impulsifs autodestructeurs comme la Boulimie, Sexualité à risque, Anorexie, Dépenses incontrôlées, Alcool, Drogue, Conduite dangereuse, Abus de médicaments, …
  • Attaques de rage
  • Tentatives de suicides ou d’automutilation comme se couper, se brûler, se griffer

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— OH MON DIEU, JE SUIS BORDERLINE EN FAIT !
Du calme matelot ! C’est vrai que ces caractéristiques peuvent, au premier abord, sembler correspondre à tout le monde. Qui n’a pas peur de l’abandon ? n’a jamais eu d’excès de colère ou été extrêmement anxieux ? Seulement, ces caractéristiques sont le quotidien de ces malades. Il y a de nombreux points communs avec la dépression, cependant, cette dernière peut survenir dans la vie de n’importe qui, n’importe quand !

Le trouble borderline en revanche, survient durant l’adolescence et au commencement de la vie adulte et est plus difficile à guérir, la plupart gardent cette maladie toute leur vie. On remarque que ce trouble concerne beaucoup plus les personnes ayant eu une enfance difficile, violente, avec une carence affective et autres traumatismes, également les enfants dont on a souvent contredit la véracité des sentiments (non il ne faut pas rire de ça, tu n’as pas à avoir peur de ceci), ils ne peuvent plus réellement se fier à leurs ressentis.

Il y a également des modifications biologiques, chimiques, créant des variations importantes sur la sérotonine et autres neuromédiateurs. De ce fait, on suppose que l’état-limite est une maladie héréditaire. En tout cas, si vous pensez avoir ces caractéristiques, posez-vous la question : est-ce-que cela me fait souffrir, me rend malheureux ? Si la réponse est oui, consultez.

 

— UNE MALADIE À PRENDRE AVEC DES PINCETTES
Cette maladie devient de plus en plus répandue sur la toile car, bien sûr, on se reconnaît facilement dedans. C’est pourquoi il faut faire attention aux « pièges » de ce trouble. D’abord car les plus fragiles ou les hypocondriaques s’inventeront une maladie, mais également car elle peut servir de « fourre-tout » aux professionnels de la santé. C’est-à-dire que, si vous semblez présenter quelques problèmes psychologiques et que vous allez consulter, le professionnel doit poser un diagnostic. Cependant, si vous n’avez ni névrose, ni psychose, alors on pourra vous attribuer la maladie d’état-limite histoire de poser un nom sur votre problème.

Par contre, cela ne veut pas dire que ceux qui sont diagnostiqués borderline sont juste des personnes faibles à qui on a diagnostiqué une maladie pour les rassurer ! La maladie existe, avec ses caractéristiques, et ne peut correspondre à tout le monde.

L’inverse peut également poser problème. Des borderlines peuvent être mal diagnostiqués et considérés comme dépressifs ou bipolaires par exemple, et recevoir un mauvais traitement. Cela est encore plus fréquent du fait que cette maladie est encore récente et moins connue du domaine professionnel et également moins acceptée.

 


L’état-limite est encore un trouble flou où il est difficile de poser des limites comme de nombreuses maladies mentales. Pourtant, il se diagnostique de plus en plus. Et si ce trouble devenait « à la mode » non pas car il commence à être connu, mais parce que la société devient plus anxieuse et que chacun cherche à mettre un nom sur ses angoisses ? Le fait d’appartenir à une case nous est-il si important ? 

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