Black Mirror, l’apocalypse des temps modernes
BASTIEN BONO 6 novembre 2014

Temps de lecture : 3 minutes

Considérée comme la digne héritière de La Quatrième Dimension, la série télévisée du journaliste, animateur et réalisateur Charlie Brooker connaît un succès grandissant au Royaume-Uni. Projections pessimistes mais réalistes dans un futur ultra-connecté, mettant en évidence les « effets secondaires » du numérique, Black Mirror nous fait réaliser que ce futur est peut-être bien plus proche que nous voulons le croire.


 

— DES HISTOIRES ADDICTIVES
Black Mirror traite de l’addiction que nous avons développée avec le numérique. Une étude menée par un chercheur de l’Université de Chicago avait montré en 2012 que Facebook est plus addictif que la cigarette ou que les rapports sexuels, ou encore que notre moral était fortement influencé par le nombre de « likes » récoltées par nos publications.

Le réalisateur de la série, également journaliste à The Guardian, Charlie Brooker, explique le titre de la série par rapport à l’addiction des écrans : « Si c’est une drogue, alors quels en sont les effets secondaires ? C’est dans cette zone entre joie et embarras que Black Mirror se situe. Le Black Mirror du titre est celui que vous voyez sur chaque mur, sur chaque bureau et dans chaque main, un écran froid et brillant d’une télévision ou d’un smartphone ».

 

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Crédit photo : critikeurs.fr

 

—UNE SÉRIE D’ANTHOLOGIES
La série est (pour l’instant) composée de deux saisons de 3 épisodes de 50 minutes chacune. Gagnante du Emmy Awards 2012 de la meilleure mini-série, c’est avant tout une série d’anthologies, c’est-à-dire que les épisodes n’ont pour lien qu’un thème commun. En effet les acteurs, les histoires, les cadres diffèrent, ce qui renforce le message de Black Mirror. Ainsi on passe de la satire politico-médiatique au concentré d’action glauque, du thriller dramatique à la science-fiction d’anticipation.

Chacun des épisodes soulève des réflexions sur la façon dont la société pourrait être asservie, autant physiquement que mentalement, par la technologie. Ainsi, la série aborde la place de l’individu dans une société tyrannisée par les écrans, la solitude paradoxale de ce dernier, notre double virtuel, les conséquences de l’addiction à l’instantané, ou encore la dimension politique du numérique. 

 

— UN MIROIR AUX FACETTES MULTIPLES
Dans The National Anthem, un terroriste oblige le premier ministre britannique à avoir des rapports sexuels avec un porc diffusés en direct sous peine d’exécuter la princesse d’Angleterre qu’il retient en otage. 15 Millions Merits nous expose un monde conditionné dans lequel les individus doivent pédaler toute la journée en regardant des écrans, poussées par les illusions qu’ils font miroiter. Dans The Entire Story Of Your Life, la série part du principe que nous pouvons tout enregistrer par le biais d’un implant, tout ce que nous voyons et nous entendons et montre le côté pervers de ce « progrès ».

La seconde saison s’ouvre sur Be Right Back, qui a gagné le British Television Academy du meilleur téléfilm dramatique, où un défunt revient auprès de sa femme sous la forme de son double numérique constitué par toutes les traces qu’il avait laissées sur les réseaux sociaux. Dans White Bear, une femme est victime de la violence et du voyeurisme d’une émission de télé-réalité qui semble avoir pris le relais de la justice. Enfin dans The Waldo Moment, Black Mirror montre comment une mascotte virtuelle peut influer sur la sphère politique du seul fait de sa popularité.

 

 


Les personnages semblent toujours se débattre, mais finissent toujours par se faire rattraper par la réalité froide et implacable de ces machines que nous avons créées mais qui prennent notre contrôle. Black Mirror est ainsi une série d’anticipation de grande qualité et très créative, amenant un regard novateur sur l’impact du numérique sur nos vies en tant qu’individus et en tant que société.

 

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BASTIEN BONO

Ornithologue spécialiste des condors bantous à bande bleue.

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