August Sander : le témoin d’une époque
Pauline Charpentier 31 mai 2016

Temps de lecture : 3 minutes

August Sander, né en 1876 à Herdorf est un photographe spécialisé dans le portrait, mais aussi dans la photographie documentaire. 


L’Allemagne des années trente aura vu le basculement de la République de Weimar – nom donné par les historiens au régime politique en place en Allemagne de 1918 à 1933 – à la dictature du national-socialisme. August Sander aura dressé un portrait révélateur d’une époque.

Il consacra une bonne partie de sa vie au projet monumental « Hommes du XXe siècle ». Adoptant un style délibérément neutre, il y montre ses concitoyens allemands dans toute leur diversité. En 1929, il publia soixante de ces portraits sous le titre Visage d’une époque.
August Sander, sans empathie particulière, nous montre simplement la violente vérité de la vie et des visages, une nouvelle objectivité frontale de ses contemporains.
Il agit comme une sorte « d’agent de recensement » de son époque. Il fixe, ce qui est le présent de l’Allemagne. Son œuvre va devenir le souvenir d’une époque, d’une population, à ce moment charnière du glissement dans la dictature. Sa série de portraits méticuleusement dressée, va devenir pour nous le souvenir d’un temps, une bride d’un passé, une liste de visages inconnus, il nous la présente vue de face.

 

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August Sander nous montre une réalité passée, tout en gardant une certaine distance, sans réelle empathie, le portrait de l’Allemagne d’entre deux guerres.

À travers ses portraits individuels, il réussit à faire émerger le portait d’une époque, de l’Allemagne en pleine effervescence. Que ce soit des ouvriers, des soldats, des banquiers, des chômeurs, des bourgeois, des vagabonds, des artistes-peintres, des écrivains, des gitans, des paysans, des marchands, des jeunes nazis, Sander pose le même regard, observe autant le paysan que le bourgeois et tire le portrait individuel qui deviendra une sorte de registre de l’Allemagne. Son travail a été considéré comme une étude sociologique, comme « une sorte d’anatomie des temps-modernes« .

 

Pastrycook 1928 August Sander 1876-1964 ARTIST ROOMS Tate and National Galleries of Scotland. Lent by Anthony d'Offay 2010 http://www.tate.org.uk/art/work/AL00033

 

Son projet « Hommes du XXe siècle » ne débuta pas à la ville, mais à Westerwald. August Sander commença par prendre en photo les paysans de cette petite bourgade, il voyait dans ces hommes des champs, la base de la société, l’homme contemporain.
Plus tardivement Sander décida d’élargir son travail, d’aller à la rencontre d’autres savoirs, d’autres situations, d’autres individus, et commença à côtoyer les travailleurs qualifiés, les intellectuels, les marginaux, les femmes. Par le biais de la photographie August Sander voulait dresser une cartographie de son temps où chaque individu trouverait sa place.

 

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En 1933 August Sander est dans l’obligation d’interrompre ses travaux, les nazis n’appréciaient guère les images du photographe. Puis, en 1936 le livre « Face du temps » fut saisi, les ouvrages disponibles furent détruits.

Il se consacre alors dès 1939 aux thèmes de la campagne du Rhin, à Cologne, puis par la suite Sander décida de quitter Cologne pour retourner à Westerwald plus précisément à Kuchhausen.
Son travail n’est pas apprécié, voire même détesté par les nazis, il ne correspond en aucun point au goût de ceux-ci. La conception d’exaltation aryenne n’est pas mise à l’honneur dans les divers travaux de Sander. En effet, il leur renvoyait sans esthétisme, la réalité sociale d’un peuple et non pas sa mystification raciale.
Son goût pour les marginaux, les petits paysans, les chômeurs, les gitans, le rendent suspect ; ils le surveillent, détruisent son atelier, saisissent tous ses documents. Il réussit tout de même à cacher ses négatifs et réussi à les préserver de l’attaque survenue.

 

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En 1944, une grande partie des épreuves de Sander sont détruites. Quelque 10 000 négatifs, qu’il avait auparavant pris soin de cacher échappent à la destruction, le reste fut détruit pendant les bombardements. Suite à la démolition de son atelier, 40 000 négatifs, pourtant soustraits aux nazis furent également détruits.

Sander a pris sa retraite à Kuchhausen dans le Westerwald, où il y travailla dans des conditions plus qu’artisanales. Le 20 avril 1964 August Sander décède à Cologne à l’âge de 87 ans des suites d’une attaque cardiaque.


Du 22 mai au 28 août une exposition de la collection personnelle de Gerd Sander (petit fils d’August Sander) est présentée par le Centre d’Art éditeur : Le Point du Jour, situé à Cherbourg.

 

Pauline Charpentier

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