Non, alcool et drogues ne sont pas nos premiers fléaux
Cléo 9 mars 2015

Temps de lecture : 6 minutes

« Vous les jeunes, vous buvez comme des trous et êtes de vrais junkies ! » Que celui qui n’a jamais dû essuyer cette injuste critique en gardant sourire et sang-froid lève la main. L’alcool et les drogues sont-ils vraiment les fléaux les plus fréquents des jeunes ?


 

L’alcool et la drogue, premières causes d’accident de santé des jeunes ? Une idée reçue erronée, selon le Dr Bourre, qui officie en médecine préventive chez les étudiants. Nos problèmes de santé les plus fréquents seraient tout autres, plus simples, moins graves, mais très ancrés dans notre quotidien.

 

— L’ANARCHIE ALIMENTAIRE, PREMIER FLÉAU DE L’ÉTUDIANT
Nous les jeunes, nous mangeons mal. Pas par pur plaisir ou envie d’avaler de la junkfood tous les jours, mais, il faut le dire, par total manque de savoir-faire culinaire. On pourrait s’y intéresser. Mais quand ? Entre les révisions pour les partiels et la chouille chez Marie ? Et surtout avec quelle motivation. Habitués à mettre les pieds sous la table et à mâcher son chou chinois sans commentaire, la liberté toute fraîche d’un premier appartement tend à nous laisser aller aux plus délicieuses digressions : pizza et pâte à cookie à tous les repas.

Soyons honnêtes, à 20 ans, nous ne donnons pas la priorité à notre alimentation. Si c’est un tort que l’on excuse par notre belle insouciance et un métabolisme résistant, il ne faut pas oublier que mal manger est aussi subi. Par deux contraintes majeures : le temps et les finances. L’alimentation coûte très cher, et bien des jeunes gardent l’œil sur le budget en privilégiant les sous-marques, les promos, et les sandwichs douteux à 2 euros. D’autant plus qu’avec une heure pour manger le midi, sans cafétéria ni même micro-ondes à disposition, quel choix reste-il ? Les snacks de proximité et supérettes. Et il faut le dire, le rapport gain de temps / prix est bien meilleur avec une pasta box ou un bagel frite, que de se préparer sa popote équilibrée. De retour chez soi, même combat : un kilo de pâte coûtera toujours moins cher qu’un kilo de légumes. Résultat : un quart des 19-25 ans prend moins de 3 repas par jour*, et c’est le petit déjeuner qui est le plus fréquemment sauté. Nous sommes aussi 20 % des femmes de 16-30 ans et 38 % des hommes à manger au fast-food au moins une fois par semaine.

Les conséquences de cette anarchie alimentaire ? Variations du poids dans les deux sens, difficultés et douleurs digestives -en particulier si les repas sont trop rapides-, fringales et coups de pompe.

 

Santé des jeunes, alimentation

 

— UN SOMMEIL IRRÉGULIER
« Ah bah oui, ceux qui font la fête dorment peu, forcément ! » Oui, mais pas que(ux). Il y a aussi les gros bosseurs « qui ne savent pas s’arrêter et pensent que plus on bosse longtemps, mieux c’est, alors qu’au-delà d’un certain nombre d’heures d’étude, on n’imprime plus. » indique le Dr Bourre. Et bien souvent chez les jeunes, nous sommes les deux : teuffeurs et bosseurs. Oui, vous nous verrez en boîte les jeudis et samedis soir, mais vous nous verrez très souvent aussi rester à l’université jusque la fermeture et étudier tard le soir. On est comme ça la génération Y, on veut réussir notre vie : professionnelle, comme sociale.

En marge, il y a aussi ces étudiants qui ont un job alimentaire pour payer leur appart ou leurs études « ils sont environ un sur cinq à la fac », estime le Dr Bourre. Sans parler des courageux étudiants qui sont déjà parents « Plus nombreux qu’on ne le pense, je dirais deux ou trois par promo ». Ces jeunes doivent mener de front une vie étudiante et personnelle plus complexe que les autres, souvent au détriment de leur repos nocturne. 28 % des étudiants et 20 % des jeunes actifs accumulent une dette de sommeil chronique, c’est à dire équivalente à une nuit dans la semaine.

Notre sommeil est aussi de plus en plus perturbé par l’utilisation intensive des écrans (30 à 45 minutes de sommeil en moins !), l’abus du café et du thé (la théine est un excitant au même titre que la caféine), et le manque d’activité physique – Non Bastien, le beerpong n’est pas un sport quoi que tu en dises. Enfin, nos troubles nocturnes sont aussi très liés au stress du quotidien.

 

Santé des jeunes, sommeil

 

— LES TROUBLES PSY
Avant l’alcool et la drogue, nous avons aussi la fragilité psychologique de nôtre jeune âge. « L’anxiété est très fréquente (un tiers des jeunes, Ndlr), la dépression moins (près d’un sur dix, Ndlr), mais restent récurrentes chez les jeunes, car ils passent par une crise existentielle. » Une crise d’identité principalement. Car à l’inverse de la crise d’ado, qui est relative à une personne (ses parents, le reste du monde), la crise existentielle est relative à soi-même. On se questionne sur nous, notre identité et notre rôle dans la société. Souvent dans une nouvelle vi(ll)e, on peut être déboussolé et en manque de repères. Comment exister et se définir en dehors des proches ? Prendre en main sa vie, mais aussi sa santé ?  « Assumer seul ses rendez-vous médicaux et gérer ses vaccinations n’est pas un réflexe inné, j’entends souvent « je vais demander à ma mère » Ok, mais c’est VOUS qui êtes concerné et c’est VOUS qui décidez. » explique le médecin.

Le jeune adulte est aussi inquiet pour son avenir : en a-t-il un ? Avec les chiffres du chômage toujours plus compliqués pour les nouveaux diplômés, il est difficile de ne pas douter de son projet professionnel. Quand on en a un ! Nombre d’entre nous sont perdus face à l’orientation, dans une époque où nous sommes particulièrement mal accompagnés à ce sujet. L’angoisse de la performance, la peur de l’échec et celle de ne pas trouver sa place sont très présents.

27 % des jeunes filles et 17 % des garçons ont déjà consommé des médicaments comme les somnifères, tranquillisants ou antidépresseurs. Certains cas vont plus loin : les maladies psychiatriques graves –et rares heureusement -, comme la schizophrénie, se révèlent particulièrement entre 18 et 25 ans. « Pour ces cas extrêmes, les défenses se brisent à l’entrée dans l’âge adulte ». Les plus anxieux ou déprimés ? Ceux qui se sentent différents.

 

 

— L’ACCIDENTOLOGIE, MOINS FRÉQUENTE MAIS AUX CONSÉQUENCES PLUS GRAVES
La bonne nouvelle : nous buvons et nous nous droguons moins que les générations précédentes, selon le Dr Bourre. L’accidentologie routière des jeunes est moindre grâce à « Sam, celui qui conduit… ». Mais il reste toujours trop de morts les vendredis et samedis soir. « Essentiellement sur la route, mais aussi des comas éthyliques qui n’ont pas été pris en charge. Les mettre sur le côté et appeler le 15 en épargnerait plusieurs ! Ils auront moins d’ennuis, et vous aussi, que s’ils décèdent. » rappelle le médecin.

C’est vrai, certains grands ados ont une fâcheuse tendance à la conduite ordalique (= dangereuse). Parce qu’à 20 ans « rien n’est impossible, à 20 ans on est invincible » disait un grand sage – Lorie – et il y a un peu de ça : dans la vingtaine on se sent pousser des ailes, la vie est encore longue devant nous, et nous ne prenons pas conscience des conséquences de nos actes. C’est là qu’alcool et drogue interviennent, mais aussi cascades inconscientes et sexualité à risque « ou tout ça en même temps ! » sourit le Dr.

Les conséquences sont bien connues : comas éthyliques, blessures graves en tout genre, accidents cardiaques et cérébraux (consommation du poppers et de la cocaïne notamment), désinvestissement scolaire et indifférence, pour ne pas dire abrutissement, lors d’un usage régulier du cannabis.

 


Si le jeune est fragile, le jeune a aussi une meilleure résilience que ses ainés, et une capacité à rebondir comme à aucun autre âge.  Notre motivation est telle qu’on peut envoyer balader les excès de junkfood, les nuits blanches ou la déprime en un rien de temps, pour croquer de nouveau la vie à pleine dents, et en pleine santé. Métabolisme résistant, moral de battant, les clés sont là pour surmonter les problèmes. Nous pouvons alors profiter de notre belle jeunesse une bière à la main, tant qu’on mange bien cinq fruits et légumes par jour.


* Chiffres : INPES rapport 2013 sur la santé des jeunes disponible ici.

 

SIGLE NOIR MINI WEB

Cléo

The (radio)girl next door et fan numéro 1 de Friends.

Your comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *