Agriculture, entre revendications et incompréhensions
baptiste 29 septembre 2015

Temps de lecture : 3 minutes

Les agriculteurs sont dans la rue. Après les éleveurs de porcs et de bovins pour l’abattage, ce sont les producteurs de lait qui ont récemment manifesté leur mécontentement  Derrière ces revendications financières se cache une profonde détresse dans une France où ils sont devenus isolés et ultraminoritaires.


 

Début septembre, des milliers d’agriculteurs et plus de 1500 tracteurs ont déferlé sur Paris pour exprimer le désarroi du monde paysan et réclamer des aides face à la chute constante de leurs revenus. Parmi eux, de nombreux jeunes agriculteurs, venant de régions très touchées par les crises laitière et porcine, rendues particulièrement aiguës cette année par la fin des quotas laitiers et l’embargo russe sur la viande européenne.  En effet, après 31 ans d’existence, le régime des quotas laitiers dans l’Union européenne est définitivement enterré. Il s’agissait de l’un des derniers outils de régulation sur les marchés. Désormais, les agriculteurs européens peuvent produire les quantités de produits laitiers qu’ils veulent. Pour rappel, la France était autorisée l’an passé à produire 26 milliards de litres de lait. Le système des quotas prévoyait alors des amendes pour ceux qui dépassaient les volumes fixés.

 

ET LA CHINE DISPARUE
En prévision de cette suppression et durant une année 2014 où la demande mondiale est repartie à la hausse, dopée par les pays émergents, notamment avec une demande chinoise en pleine expansion, de nombreux exploitants et industriels on investit considérablement afin d’augmenter leurs capacité de production. Cependant personne n’avait imaginé alors que l’année 2015 allait être si désastreuse. En effet, la cotation moyenne du lait, très volatile, était de près de 390 euros les milles litres  (soit 39 centimes le litre) fin 2014 et a chuté à 302 euros environs les milles litres au 15 juillet. La chine a disparu des marchés, l’offre devenant supérieur à la demande, le prix à dégringolé. Un prix tellement faible qu’il est désormais en dessous du seuil de rentabilité de milliers exploitations. Ceci expliquant ce type de discours :  « Je me réveil le matin pour travailler, en sachant que je vais perde de l’argent ».

 


— UN MONDE AGRICOLE INCOMPRIS
Alors qu’en 1970 les salariés et exploitants du secteur agricole représentaient presque 12% de l’emploi totale en France métropolitaine. Quarante cinq ans plus tard, le poids de ce secteur a été divisé par cinq : l’agriculture ne réunissant aujourd’hui plus que 2,5 % des personnes en emploi. Le monde agricole qui était auparavant un pilier de la puissance française, devient désormais un monde incompris et souvent discriminé par le reste de la population.

Dans un entretien pour le quotidien « le 1 » Phillipe Chalmin, historien, économiste et professeur d’histoire économique à l’université de Paris Dauphine, nous décris cette situation. « Longtemps le monde agricole a bénéficié d’une bonne cote d’estime. Chacun était conscient qu’il jouait un rôle important dans l’équilibre des territoires. Mais les agriculteurs sont aujourd’hui sous la contrainte de plus en plus forte de politiques environnementales dictées par des organisations vertes ayant à leur égard des apriori très négatifs. Ces organisations ont réussi à modifier la vision des français vis à vis du monde agricole. Les agriculteurs seraient des pilleurs, des éleveurs insensibles au bien-être animal, uniquement préoccupés de l’intensification et n’hésitant pas à massacrer l’environnement. »

Les agriculteurs semblent avoir perdu la bataille de la communication, et dans un contexte où ils auraient besoin du soutien de  l’ensemble de la population, ils semblent isolés. Une triste statistique confirme cet état d’esprit, un agriculteur se suicide tous les deux jours en France. Les exploitants sont assomés de contraintes et sommés de produire toujours plus propre tout en vendant à prix modeste. Leur désarroi doit maintenant nous interroger. Voulons-nous une agriculture vraiment compétitive, qui supposerait d’éliminer encore la moitié de paysans français et de pousser ceux qui resteront sur les voies du gigantisme à l’américaine ? L’Etat et nous même « devons redonner du souffle et de l’espoir à une profession qui perd confiance en elle et finit par douter de sa légitimité à éxister. » nous encourage l’écrivain Eric Fottorino.

 


Et c’est en citant Voltaire pour démontrer qu’on peut allier culture et agriculture que je vais finir cette article. Voltaire qui relevait déjà à son époque les absurdités du monde agricole : « On a trouvé, en bonne politique, le secret de faire mourir de faim ceux qui, en cultivant la terre, font vivre les autres ».

baptiste

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