#12 – L’interview du Vendredi : Abigaël, la globe-trotteuse des temps modernes
Line 1 mai 2015

Temps de lecture : 8 minutes

Abigaël est une jeune étudiante qui n’a cessé de déménager de pays en pays toute sa vie. Plus qu’un simple séjour, un erasmus ou un stage à l’étranger, elle a vécu dans ces différentes sociétés plusieurs années jusqu’à s’en imprégner dans les moindres détails. Aujourd’hui, elle nous donne sa vision et ses sentiments envers tous ces pays dont la France !


 

ALCHIMY : Parle-nous de ton parcours, dans quel pays as-tu vécu, combien de temps et pour quelles raisons ?
Abigaël : Tous les déménagements étaient plus ou moins pour la même raison, le travail de mon père. Je suis née près de la frontière Suisse, à Saint Julien en Genevois. Ensuite, à mes deux ans on est parti vivre en Angleterre, à Swindon pas loin de Londres pendant 2 ans. Puis, l’Ecosse, dans une petite ville nommée Stranraer, pendant 4 ans. Après, à l’âge de 8 ans, un autre déménagement, cette fois à l’Ile de Man, une toute petite île qui se situe à distance presque égale entrent l’Irlande, l’Ecosse, l’Angleterre et le Pays de Galles, connue pour sa course de moto. Enfin, 2 ans plus tard nous sommes arrivés en Normandie et nous n’avons pas fait de grand déménagement depuis.

 

A : J’imagine que ton pays natal est celui qui te tient le plus a cœur ! Mais y a-t-ils des choses qui t’ont particulièrement marqué dans certains pays?
A : Pas forcément mon pays natal car je suis partie très jeune. Déjà il faut savoir que de déménager dans les pays du Royaume-Uni, même s’ils sont différents entre eux, n’apporte pas un énorme changement dans la vie. Mais le fait de venir en France après tant de temps passé au Royaume-Uni était un vrai choc, au point de vue culturel. Ce qui m’a marqué en Angleterre était la fierté des habitants et leur loyauté envers les choses uniques dans leur culture (leur famille royale, leur monnaie, etc.), en Écosse c’est leur manière de refuser leur lien avec l’Angleterre, ils sont très indépendants et veulent que tout le monde sache que l’Écosse n’est pas l’Angleterre. L’île de Man était marquante par le côté calme de l’île, c’est assez isolée et les gens sont tranquilles. En France, la chose la plus marquante était pour moi l’importance qu’ils accordent à tout ce qui est propre leur culture. Notamment le temps qu’ils s’accordent pour manger (en Angleterre on a une pause de 30 minutes pour manger par exemple), ou encore la langue française, qui est une chose très compliquée à maîtriser quand on l’apprend en tant « qu’étrangers « , même les Français ne la maîtrisent pas totalement. Donc les choses marquantes sont surtout culturelles, parce que ce sont les plus flagrantes.

 

A : Quels adjectifs donnerais-tu pour caractériser la population de chaque pays que tu as connu ?
A : C’est compliquée à faire ça ! Pour les Britanniques en général c’est indépendant. Mais plus précisément, les Anglais sont patriotes. Les Écossais : Arrogance dans le sens où ils se prennent trop au sérieux et essayent de se différencier tellement des autres ! Les Manxois : simples, car ils sont vraiment dans leur petite bulle. Et pour les Français, Snob dans le sens où je n’ai pas l’impression qu’ils soient aussi ouverts d’esprits que les autres populations que j’ai connues, ils sont très traditionnels et ne veulent pas changer leurs manières de faire, car ils pensent que c’est la meilleure manière de faire les choses. Ce n’est pas méchamment que je dis Snobs, mais c’est l’impression que j’ai.

 

A : Confirmes-tu les nombreux clichés que l’on entend ? La mauvaise nourriture anglaise, les moutons en Écosse, les Français râleurs…
A : Les clichés existent pour une raison : ils sont vrais. Les anglais ne sont pas les plus doués en terme de nourriture, il y a des moutons partout en Écosse, et il faut avouer que les Français râlent tout le temps. Mais cela reste des clichés, ce sont des majorités et non pas des intégralités sur lesquels sont basés ces clichés. Par exemple, il y a d’autres animaux en Écosse pas seulement des moutons, des anglais mangent de bonnes choses parfois et les Français, il y a des jours où ils ne râlent pas (pas toute le journée en tout cas). Toutes les personnes sur l’île de Man ne font pas de la moto, et certains chats là-bas ont des queues ! Mais plus sérieusement, je confirme les clichés, même si ce n’est pas ce qui, pour moi, qualifie le mieux les populations de ces pays.

 

 A : Y a-t-il des aspects qui t’ont choqué ou étonné dans la vie française? Quels sont selon toi ses points forts et ses points faibles ?
A : Je n’avais pas envie de venir à la base, parce que tout quitter encore une fois, c’est pas évident. Au départ, je refusais donc la vie française au maximum, je ne voulais pas parler la langue, écouter la radio en France, regarder la télé, etc. Donc c’était déjà mal parti. Mais une fois arrivée à l’école, je voyais que les autres étaient fascinés par le fait que je sois si différente d’eux. Je me suis alors aussi intéressée à leur manière de vivre. Le plus étonnant était leur manière d’accepter la différence malgré le fait qu’ils ne veulent pas être différents eux-mêmes. Par exemple, la phrase que j’ai beaucoup entendu est : « C’est cool que tu sois anglaise, mais je pourrais pas vivre dans un autre pays », j’avais un sentiment de fermeture d’esprit, le fait de refuser quelque chose avant même d’avoir essayé.

La vie française est différente surtout dans le rythme de vie. Déjà à l’école, il y a beaucoup plus d’heures, mais une journée entière consacrée aux activités. Je n’avais pas ça avant, tout était plus équilibré sur toute la semaine. Mais en général, les Français aiment prendre leur temps à l’opposé des Britanniques. Je trouve que c’est un point fort de la vie française, même si je n’arrive toujours pas à m’y faire ! Et en tant qu’étudiante, le prix des études est génial en France, ça ne coûte rien comparer à d’autres pays !

 

A : Tu parles beaucoup de l’esprit fermé des Français envers les nouveautés et les autres. C’est vrai que lorsque l’on parle des Britanniques on met souvent en avant leur côté plus solidaire. D’où vient cette différence selon toi ?
A : Honnêtement je ne sais pas d’où ça vient.. Peut-être que la crise sociale a marqué un pays plus que l’autre, dans un sens c’est une explication logique, mais je pense que c’est quand même quelque chose qui a toujours existé dans ces pays. Peut-être le fait que les Britanniques soient « isolés » sur leur île les rend plus solidaires entre eux.. Je donne des hypothèses, et je dis ce qui me semble assez logique, mais je ne sais pas vraiment d’où cette différence provient.

 

A : Tu as effectivement passé peu de temps dans ton pays natal ! Du coup, où sont tes racines selon toi ? Y-a-t-il un pays où tu te sens plus « chez toi »? Quel est ta nationalité officiellement et officieusement ?
A : Comme je suis revenue tardivement dans mon pays natal qu’est la France, je l’ai découverte assez tard. Avant on venait souvent en vacances en France, mais ce n’est pas la même chose entre vivre et séjourner dans un pays. Pour moi, mes racines viennent de partout, j’ai un peu pris des traits de chaque pays où j’ai vécu… Finalement je suis un mélange sacrément bizarre ! Mais ma mère (Anglaise) et mon père (Français), ont toujours voulu nous apprendre à mon frère et moi d’où on vient et ne pas « favoriser » un côté. Mais je sais qu’au fond mes racines sont Britanniques, car c’est là que j’ai passé presque toute mon enfance, et avant ça je ne me souviens pas de grand-chose..

Il y a quelques années, tu m’aurais demandé si je me sentais plus « chez moi » dans un pays ou un autre, je t’aurais répondu l’Angleterre, mais maintenant, ayant découvert la vie adulte uniquement en France, je ne peux plus répondre à cette question aussi directement. Dans un pays ou un autre, je me sens chez moi. C’est sûrement dû au fait d’avoir tellement déménagé, mais pour moi, « chez moi » ce n’est pas un pays où je vis, mais la vie que je construis là où je suis.

L’avantage que j’ai, c’est que j’ai la double nationalité officiellement. Je n’ai pas eu à choisir entre les deux et je n’ai pas été obligé de « renier » l’une ou l’autre.

 

A : Quels sont tes prochains projets ? Vas-tu repartir vivre dans un nouveau pays prochainement ? Y-a-t-il un pays où tu aimerais vivre en particulier ?
A : Mes prochains projets sont de continuer mes études, donc un Master, mais j’envisage de le faire à l’étranger. Notamment Londres, ou aux États-Unis, je ne suis pas encore décidée, même si je devrais peut-être me dépêcher de choisir ! Donc oui, je vais aller vivre dans un autre pays prochainement, une nouvelle aventure, mais qui sera cette fois différente, car ce sera la première fois que ma famille ne viendra pas avec moi. Mon grand frère a franchi cette étape cette année, en allant faire son Master aux Pays-Bas, donc l’année prochaine c’est à mon tour !

Je me suis toujours imaginée vivre aux États-Unis, mais c’est aussi parce que le métier que je veux faire est très présent là-bas. Qui sait où je vivrai ? J’irai où la vie me mène ! Ça se trouve dans 3 ans je vais me retrouver à Caen, Paris, New York, Sydney ou Rome ?! Je verrai bien, mais vivre dans des pays différents et découvrir toutes les différentes cultures m’intrigue et je suis prête à bouger pour réussir dans ce que je veux faire, ça fait partie des aventures de la vie.

 


Si les points de vues venant de l’étranger vous intéressent, vous pouvez lire celui de Janine, jeune allemande qui prend plaisir à décortiquer les nombreux aspects de notre société française

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